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6 septembre 2021 1 06 /09 /septembre /2021 15:59

 

Homélie de Mgr Hubert HERBRETEAU

pour l’envoi des délégués pastoraux

de la paroisse Saint-Joseph de Villeneuve
Is 35, 4-7a ; Ps 145 ; Jc 2, 1-5 ; Mc 7, 31-37


Chers amis, frères et sœurs,


      Jésus guérit un sourd qui avait de la difficulté à parler. Un sourd-muet. Jésus rétablit les capacités de communication d’un homme qui restait emmuré depuis de longues années dans sa solitude.
Vous le savez bien : pour entrer en relation avec les autres, nous avons besoin de nos cinq sens. Lorsque l’un des sens est déficient, nous avons de la difficulté à échanger, à dire nos sentiments, à partager nos idées.
La parole est le fondement de notre communication. Ne plus entendre, ne plus parler, c’est être mis à l’écart de l’espace des échanges interpersonnels et donc hors de l’espace humain.
De tristes expériences ont été faites avec des bébés. Lorsque personne ne leur adresse la parole au bout de quelques semaines, ils se laissent mourir en refusant de s’alimenter.
Entendre, parler, cela permet de vivre ensemble. L’Évangile souligne que ce sourd-muet n’était pas complètement abandonné puisque la communauté est présente auprès de cet homme. Des gens l’ont amené à Jésus. Mais cet homme que Jésus guérit va être à nouveau et pleinement introduit dans la société.
Le soupir de Jésus Il faut s’attarder un peu sur l’attitude de Jésus. Le récit dit que Jésus lève les yeux au ciel et qu’il soupire...
Non pas qu'il soit déjà fatigué d'opérer des miracles en réponse à la foi des petites gens, mais il soupire pour reprendre à son compte le gémissement de l'humanité souffrante, la longue plainte des malades chroniques et des handicapés, accomplissant ainsi la prophétie d'Isaïe sur le Serviteur de Dieu : "C'était nos maladies qu'il portait".
Jésus soupire. Qu’est-ce qu’un soupir ? la musique peut nous aider à comprendre. Il y a parmi nous des musiciens qui savent que, dans une partition, le soupir est un silence.
C’est un silence de cet ordre qui est proposé, si on écoute le récit évangélique comme une musique. Tout s’arrête, pour laisser place au seul soupir du Christ qui s’adresse au ciel.
C’est un soupir qui ressemble à un gémissement, sans parole articulée. Jésus fait silence, il soupire, il gémit vers le ciel. D’ailleurs il n’a pas encore parlé, dans ce récit, de sorte que
sa première expression est précisément ce soupir. On peut souligner encore deux aspects. D’une part, le soupir est l’expression d’une souffrance, d’une compassion, mais il est aussi un acte de communication, certes sans mots, il est une prière, adressée au ciel, car c’est en levant les yeux vers le ciel que Jésus émet ce soupir.
Jésus exprime sa compassion devant la situation de l’homme qui lui est présenté. Il le prend au sérieux, il le fait sortir de l’anonymat en l’éloignant de cette foule que l’on peut imaginer bruyante. Il prend au sérieux sa condition, il touche les oreilles, il touche la langue, et même plus, il met ses doigts dans les oreilles, il prend sa propre salive pour en toucher la langue.
Je crois que le soupir de Jésus exprime à quel point il est touché par l’enfermement de cet homme. Devant la souffrance, Jésus soupire, il gémit.
C’est donc aussi une forme d’expression, une forme de prière. Le gémissement du Christ résume le gémissement de la création dans les douleurs de l’enfantement, c’est le gémissement de l’Esprit Saint qui prie en nous en des gémissements inexprimables, comme dit l’apôtre Paul. Jésus est le gémissement de Dieu. Ouvre-toi !
Survient alors la parole du Christ, une seule parole, qui accomplit la guérison, une parole si mystérieuse queMarc l'a conservée dans l'araméen populaire que parlait Jésus : « Effata ! » Ouvre-toi : c'est un ordre et un programme de vie. Jésus ne dit pas : fais un effort, ouvre-toi, mais plutôt : relâche-toi, laisse-toi ouvrir.
Car cette unique parole de Jésus agit à un double niveau : elle guérit le corps, ouvre les oreilles et délie la langue ; mais surtout elle interpelle l'homme ; c'est lui qui doit lire sur les lèvres de Jésus cette consigne qui va bouleverser sa vie : « Ouvre-toi ! »
Aujourd’hui, comme au sourd-muet de l’Évangile, cette parole nous est adressée. À chacun de vous délégués pastoraux, à chacun de nous personnellement, à la paroisse tout entière.
Ouvre-toi, paroisse saint Joseph de Villeneuve, ouvre-toi à la nouveauté que Jésus te propose. Ouvre-toi surtout à la Parole de Dieu, qui vient te donner la force et la liberté, et qui agrandit chaque jour, si tu le veux, l'espace de ton espérance.
Ouvre-toi, cher ami, toi qui t'enfermes dans ta solitude et qui portes toute souffrance comme une rancœur.
Ouvre-toi, toi qui es clos sur ton passé et qui traînes à longueur de vie le fardeau de tes souvenirs.
Ouvre-toi, toi qui attends toujours d'être aimé pour te mettre en route vers l'autre !
Délier la parole
« Ouvre-toi ! » À la suite de Jésus, nous avons une mission à accomplir. Dans votre paroisse les délégués pastoraux qui participent à l’exercice de la charge pastorale du curé ont comme mission de délier la parole, de faciliter l’expression de tous. Pas pour recevoir les mécontentements, mais avant tout pour recueillir les bonnes idées, tout ce qui permet à une paroisse de progresser dans la communion, la vie spirituelle, la charité.
L’Évangile ajoute : « Aussitôt ses oreilles s'ouvrirent, sa langue se délia, et il parlait correctement. » Jésus guérit donc à la fois la surdité de l'homme et sa langue embarrassée.
Ainsi en va-t-il de nous-mêmes devant Dieu dans la prière ; souvent c'est notre surdité qui nous rend muets et timides. Faute d'entendre la Parole de Dieu, nous ne trouvons plus de mots pour lui parler ou pour parler de lui.
Que ce dimanche d’envoi en mission et que cette eucharistie nous rendent ardents pour la louange et le témoignage !
Amen !


Mgr Hubert HERBRETEAU

Église Sainte-Catherine à Villeneuve sur Lot, le dimanche 5 septembre 2021

 

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