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6 septembre 2022 2 06 /09 /septembre /2022 13:22

 

Synode en France :
les regrets et l’espérance du cardinal Aveline
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Handout / VATICAN MEDIA / AFP

Le pape François et Mgr Jean-Marc Aveline.

Alex et Maud Lauriot Prévost - publié le 05/09/22

 

     Créé cardinal le 27 août par le pape François, Mgr Jean-Marc Aveline s’est exprimé depuis sur les perspectives françaises du Synode sur la synodalité. Délégués épiscopaux de la Nouvelle Évangélisation du diocèse d’Avignon, Alex et Maud Lauriot Prévost voient dans ses propos un encouragement au recentrage de l’Église sur la mission, qui est, avec l’Esprit-Saint, la source de la communion des chrétiens.

 

     Très instructives sont les interviews récentes du nouveau cardinal Jean-Marc Aveline, archevêque de Marseille sur l’état et l’avenir de l’Église de France, notamment lorsqu’on essaye de les mettre en perspective ! Ses regrets tout d’abord ont attiré notre attention, qui se réfèrent à la participation et aux remontées du synode en France. Interviewé le 30 août par KTO, il souligne la très faible contribution de la jeunesse (et globalement des moins de 50 ans, des courants missionnaires et « tradismatiques » comme on dit), ce qui n’est pas selon lui un bon signe de vitalité et de santé — alors qu’il sait et relève par ailleurs combien il observe beaucoup de vitalité et créativité chez de nombreux jeunes catholiques. 

Des réticences

Bien des commentaires et des discussions sur les réseaux sociaux ont en effet relevé une monopolisation des débats synodaux en France par les « boomers » (retraités du babyboom des années cinquante). Plus encore sans doute, ce qui caractérise les remontées du synode selon Mgr Aveline, c’est l’entre-soi ecclésial un peu nombriliste (ce sont nos propos) qui se dégage : or, « à trop se regarder fonctionner, on tourne en rond » résume-t-il. 

Ces regrets rejoignent notre observation : l’approche thématique et méthodologique des rencontres synodales telle qu’elle a été suivie — malgré l’évidente bonne volonté, générosité et désir de bien faire des participants — génère mécaniquement pourrait-on dire des revendications (et non des mobilisations), réveille les plaintes et le besoin d’exprimer des frustrations ou des blessures ; elle réveille, voire exacerbe la diversité des sensibilités et des opinions, et donc les clivages, les oppositions, les critiques, et parfois la division… Bien souvent, ces rencontres synodales ont fait plutôt penser à des réunions syndicales ou à des thérapies de groupe qu’à des cénacles de Pentecôte, qui, pourtant, sont « le » modèle que le pape François a présenté à tous pour illustrer sa vision de ce qu’est un synode, qu’il soit local ou universel : recevoir ensemble la lumière du Seigneur, l’appel, le zèle et la force du Saint-Esprit. Au final, nous pouvons comprendre que certains pans du peuple de Dieu, sans doute bien inspirés ou percevant intuitivement les écueils de la méthodologie proposée, se soient abstenus d’y participer.

L’identité est dans la mission

     Mgr Aveline n’en reste pas à ce double regret dans son interview, mais il indique ce que devrait être le fil d’un travail synodal pertinent : « L’identité de l’Église est dans l’acte missionnaire », et non d’abord dans son organisation, ses fonctions et la répartition des pouvoirs. Tout cela est certes important relève-t-il, mais doit découler de la vision et de la réponse missionnaire de l’Église ; elles doivent être une réponse pratique pour mettre en œuvre l’annonce et le témoignage de l’Évangile dans le monde d’aujourd’hui. Plus encore précise-t-il, l’unité de l’Église ne vient pas de l’entre-soi des chrétiens, de ses débats internes et organisationnels car « sa communion, l’Église la reçoit de Dieu lui-même et de l’envoi en mission » ; là encore, nous en revenons au Cénacle et à la Pentecôte, tremplin de la mission et de l’unité des disciples. 

     Certes, le nouveau cardinal exprime ses regrets avec doigté et bonhomie, mais à l’écouter, on comprend que le processus synodal mis en œuvre (en tout cas en France) a commis une sorte de contresens : il aurait d’abord fallu saisir et actualiser le mandat et le souffle missionnaire que l’Église reçoit aujourd’hui de l’Esprit-Saint, pour aboutir aux questions pratiques et organisationnelles. Or, pour l’essentiel, on a inversé le sens du travail : on est parti ou on s’est focalisé sur ces dernières questions, pour finalement se noyer plus ou moins dans des sables mouvants de synthèses de synthèses de compte-rendu… de propositions, de plaintes et de revendications. Pour participer depuis des années à diverses initiatives orientées sur la conversion, missionnaire et pastorales, il est certain que l’approche préconisée Mgr Aveline aurait mobilisé massivement les forces vives catholiques chez les actifs et la jeunesse chrétienne en France.

 

Les forces vives de l’Église de France

     Ces forces vives, cette jeunesse justement, il est heureux d’en entendre parler par Mgr Aveline. Dans le Figaro (29/08/2022), il fait remarquer que le pape François — malgré son grand étonnement face au degré très avancé de la sécularisation en France — « aime le peuple de Dieu qui est en France en raison de sa créativité pastorale, de la recherche théologique et du témoignage de foi et de sainteté » qu’il observe avec bonheur depuis des années au travers de dizaines de rencontres plus ou moins privées organisées à Rome. Ce propos résonne avec ce que le pape lui-même nous précisait en février dernier : il saluait devant nous la « créativité et l’originalité » de l’Église en France, particulièrement des jeunes et des laïcs, et il nous donna même son interprétation de cette caractéristique en utilisant une expression argentine : « En France, vous êtes capables de “sortir les pieds du plat”, c’est-à-dire, vous avez la fidélité à la foi mais aussi la créativité, l’audace pour faire des choses nouvelles », en concluant que tout cela  est « un signe de l’Esprit saint ».

Merci au nouveau cardinal de « remettre l’Église au cœur du village ».

Bref ! la fille aînée de l’Église a encore quelques très beaux atours dans les générations montantes :  ils ne sont pas forcément là où on les attend ; ils restent à distance des débats polémiques et stériles, des systèmes lourds ou institutionnels, synonymes pour eux d’un monde ancien, pyramidal et en fait dépassé (même s’il reste de très belles perles) ; tout en aimant l’Église, ils se déploient de manière plus souple, interactive, en réseau, déployant sans complexe la force de la vie et de la foi, de l’amour du pauvre et des petits, de l’Esprit et de l’annonce de l’Évangile. Décoiffant mais en fait revigorant, réjouissant, plein d’espérance, non ? Merci au nouveau cardinal de « remettre l’Église au cœur du village », de remettre en perspective l’essentiel et l’accessoire, de refixer le cap de la raison d’être de l’Église et de tous les chrétiens : la mission, l’annonce et le témoignage de l’Évangile auprès de tous.

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