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5 octobre 2020 1 05 /10 /octobre /2020 12:12
BASILIQUE SAINT-FRANÇOIS D'ASSISE

BASILIQUE SAINT-FRANÇOIS D'ASSISE

 

Agnès Pinard Legry/avec I.Media - 02 octobre 2020 - Aleteia

 

À Assise, le pape François a signé ce
samedi 3 octobre 2020 sa troisième
encyclique, « Fratelli tutti »

 

 

    Le pape François se rend à Assise (Italie) ce samedi 3 octobre afin de signer sa troisième encyclique « Fratelli tutti ». Un texte très attendu.

 

     Ce samedi 3 octobre 2020, le pape François se rend à Assise afin de signer la troisième encyclique de son pontificat, Fratelli tutti (Tous frères, en italien) qui porte sur la « fraternité humaine » et « l’amitié sociale ». Ce document devrait être un développement du Document sur la fraternité humaine pour la paix mondiale et la coexistence commune, un texte signé le 4 février 2019 à Abou Dabi (Émirats arabes unis) avec le grand imam de l’université d’Al-Azhar Ahmad Al-Tayyeb.

     Assise est un lieu hautement symbolique à plus d’un titre. Le pape François – le premier à choisir le nom du Poverello – s’est déjà rendu deux fois à Assise. Il était déjà venu à l’occasion de la fête de saint François le 4 octobre 2013. Il avait d’ailleurs expliqué le choix du nom de François : selon lui, le saint a été « un homme qui s’est dépouillé et a revêtu du Christ et, à l’exemple du Christ, a aimé tout le monde, en particulier les plus pauvres et les plus abandonnés, a aimé la Création de Dieu avec émerveillement et simplicité ».

    Le 20 septembre 2016, le 266e pape est retourné à Assise pour participer, dans la continuité de ses deux prédécesseurs, à une Journée de prière pour la paix, confirmant que la petite ville d’Ombrie est, pour les récents pontife, la “capitale de la paix”. Proximité avec les plus pauvres, protection de la Création ou encore dialogue interreligieux… Le pontificat du pape François semble entièrement calqué sur la vie et les principes du petit pauvre d’Assise. À l’occasion de cette troisième encyclique – dont le titre est pour la deuxième fois tiré d’une citation du saint ombrien (Admonitions de François d’Assise (6, 1: FF 155)) – nul doute qu’un nouveau volet de la spiritualité franciscaine du pape va être dévoilé

 

Les encycliques du pape François

 

      Publiée en juillet 2013, quatre mois après l’élection du pape François, Lumen fidei, encyclique sur la foi, a été rédigée en grande partie par son prédécesseur, le pape Benoît XVI. Trois ans plus tard, le pontife argentin rédige une encyclique sur l’écologie intégrale. Dans le sillage de Jean XXIII qui avait adressé Pacem in Terris aux fidèles et aux hommes de bonne volonté, le pape François lance une « invitation urgente » à la sauvegarde de la Maison commune « à chaque personne qui habite cette planète ». Le fait de consacrer une encyclique à l’écologie dit combien le successeur de Pierre accorde de l’importance à ce sujet.

    Avec sa troisième encyclique Fratelli tutti, c’est la « fraternité », thème déjà longuement développé par le pape François, qui, par la force du statut de l’encyclique, est aujourd’hui mise à l’honneur.

 

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Fratelli tutti : « Cette encyclique
pourrait contribuer à une
refondation de l’économie »

 

 

Antoine Mekary | ALETEIA

Antoine Mekary | ALETEIA

La troisième encyclique du pape François sur la fraternité humaine, « Fratelli tutti », « pourrait largement contribuer à une refondation de l’économie », assure sœur Helen Alford, vice-recteur de l’Angelicum.

 

     Fratelli tutti, la prochaine encyclique du pape François portera sur la « fraternité humaine » et l’« amitié sociale ». Sœur Helen Alford, religieuse dominicaine nommée membre de l’Académie pontificale des sciences sociales par le pape François le 4 septembre 2020, a rappelé qu’un lendemain de crise est le moment opportun pour repenser les structures du système économique et social actuel.

 

Quelle place y a-t-il pour ces valeurs dans une économie essentiellement régie par des relations contractuelles, par la « pursuit of happiness » individualiste, etc. ?
 

       Sœur Helen Alford : Nous sommes à l’aube de grands changements. À première vue, le thème de la « fraternité humaine » ne semble pas être une priorité, en tout cas on pourrait penser qu’il s’agit d’un concept parmi d’autres et qui aura peu de conséquences. En vérité, nous savons que les idées font l’histoire. Le grand économiste John Maynard Keynes écrit quelque part, avec humour, que « le pouvoir des intérêts particuliers est largement exagéré par rapport à l’empiètement progressif des idées ».

 

 " L’économie dans son modèle actuel ne satisfait pas le besoin profond de l’homme. "

 

     J’aimerais insister surtout sur deux points. D’abord, en particulier après la crise financière de 2008, tout le monde s’est rendu compte que notre modèle était trop réducteur. Des études de l’économie comportementale, notamment des neurosciences, tendent à prouver que nous ne sommes pas exclusivement individualistes, centrés sur nos propres intérêts. En ce sens, bien qu’il y ait encore peu de changements dans les structures économiques, on peut espérer qu’il y en ait beaucoup à venir. On a chassé progressivement la vieille idée selon laquelle on produisait d’une part les richesses, et, d’autre part, on les distribuait dans l’éducation, la santé etc. L’économie dans son modèle actuel ne satisfait pas le besoin profond de l’homme. Nous avons maintenant compris que les inégalités et les désastres économiques naissaient dès la production des richesses.

     D’autre part, on pourrait songer au grand slogan de la Révolution française : « liberté, égalité, fraternité ». Dans une optique historique, on constate que les partis libéraux qui sont nés de la Révolution se sont fondés sur la défense de la liberté, l’économie du « laissez-faire », de la propriété privée, etc. D’autres groupes politiques ont décidé de soutenir plus particulièrement l’égalité, mais toujours dans l’optique de la liberté humaine parce qu’ils veulent plus de distribution pour que les personnes soient plus libres. Voici les deux mouvements qui trouvent leurs racines dans la Révolution française. La troisième voie, celle de la fraternité, n’a pas été véritablement élaborée : sans doute est-ce l’occasion aujourd’hui de l’initier.

 

 " Le besoin de collaborer se trouve dans nos gènes. En économie, la difficulté est de réconcilier ce besoin de collaboration avec la nécessité de la concurrence. "

 

     Depuis la crise de 2008 émergent de nouvelles idées dans ce sens et qui poussent à réconcilier les gènes individualistes et le besoin de vivre en collectivité qui animent l’être humain. À propos de son célèbre ouvrage intitulé Selfish Gene, Richard Dawkins a confié dans la préface d’une nouvelle version qu’il aurait pu appeler l’ouvrage « The Cooperative Gene ». Le besoin de collaborer se trouve dans nos gènes. En économie, la difficulté est de réconcilier ce besoin de collaboration avec la nécessité de la concurrence. Il faut réconcilier les deux parties différentes de la société : la coopération, la famille, l’Église, les collectivités d’une part ; de l’autre la concurrence, le « laissez-faire », le monde économique. L’idée de fraternité pourrait aider à opérer cette réconciliation.

     Les problèmes que nous traversons aujourd’hui diffèrent profondément de ceux que nos sociétés connaissaient au XVIIIe siècle. Il faut refonder notre façon de penser, non plus centrée sur l’individu et ses intérêts, mais sur les systèmes sociaux. L’encyclique pourrait largement contribuer à cette refondation : c’est le moment idéal pour aborder le thème de la fraternité.

 

Quels rapprochements peut-on faire entre la fraternité dans la Révolution française et celle du pape François ? N’est-ce pas la preuve que « le monde moderne est plein de vertus chrétiennes devenues folles », selon la célèbre formule de G.K. Chesterton ?


     On pourrait dire, avec Jacques Maritain, que la Révolution française, avec tous ses problèmes que nous connaissons bien – son anti-christianisme, son anti-théisme –, comportait certains signes qui dérivent de l’Évangile. Le projet de la Révolution est d’abord de reconnaître la dignité des personnes humaines à travers l’égalité, la liberté, la fraternité. Ces idées ne viennent pas des cultures grecques et latines mais du christianisme.

     La dignité humaine est une idée proprement chrétienne mais qui a acquis une existence autonome vis-à-vis de l’Église, ce qui est plutôt bon signe. D’un côté, il y a le risque de détourner ces idées, comme le dit la phrase de Chesterton ; de l’autre, il y a l’opportunité de les faire entrer dans le patrimoine de l’humanité. Comme le dit Jean Paul II, Jésus « révèle pleinement l’homme à lui-même » (Redemptor Hominis) : on peut donc s’attendre à ce que des idées qui viennent du christianisme parviennent à survivre en dehors de celui-ci.

 

On parle souvent, et le pape François le premier, de la difficile concordance entre la morale chrétienne et les marchés financiers, les modèles de consommation et de gestion. Quelle est votre opinion à ce sujet ? Que dit la doctrine sociale de l’Église sur le sujet ?

 

On pourrait utiliser, pour répondre à cette question, l’analogie du cancer. Le cancer croît dans le corps humain car il réussit à s’introduire dans les cellules saines et les reprogrammer dans un autre but. L’économie fait partie, fondamentalement, des cellules saines de la société et le développement économique aussi, lorsqu’il se déroule correctement. Le problème est que nous avons laissé l’économie dominer les autres sciences et secteurs de la société. La solution serait de réintégrer l’économie dans la vie sociale.

 

 " Un des enjeux majeurs de l’Académie pontificale est de renforcer les réponses positives tout en continuant à critiquer et pointer les défauts du système actuel. La situation est dramatique mais n’est pas sans espoir. "

 

Force est de constater que l’économie est sujette à la morale, contrairement à la distinction que l’on a trop tendance à faire entre plan moral et plan économique. En ce sens, le Pape pointe des réalités sociales, d’autant que la partie du monde dont il vient, l’Amérique latine, est durement frappée par les désastres économiques et les inégalités sociales. Il suffit de regarder une carte du monde avec le coefficient de Gini pour s’en rendre compte. Ces situations dramatiques trouvent aujourd’hui certaines réponses. Un des enjeux majeurs de l’Académie pontificale est de renforcer les réponses positives tout en continuant à critiquer et pointer les défauts du système actuel. La situation est dramatique mais n’est pas sans espoir.

 

Une autre façon d’affronter ces problèmes est d’opérer un retour aux sources. Il faudrait revenir aux racines de l’économie moderne, comme Joseph Schumpeter le fait par exemple dans son histoire de l’économie, écrite il y a plus de cent ans, lorsqu’il fait remonter la naissance de la banque moderne aux banques franciscaines du Monte di Pietà – les fameux mont-de-piété.

 

La reprise de l’activité économique est devenue une préoccupation majeure dans la récession post-Covid. Pourquoi est-ce un moment crucial pour l’avenir de l’économie ?


      Toutes les crises sont des moments difficiles mais aussi des opportunités, selon le mythe grec du Phénix qui renaît de ses cendres. Après la crise financière de 2008, la pensée économique a sensiblement changé mais la réflexion n’a pas été suffisamment large et profonde. Peut-être que la crise du coronavirus aura plus de conséquences. Il faut avant tout introduire une conception plus réaliste de l’homme dans les théories économiques, afin d’agir sur les politiques économiques, les structures, les modèles de gestion etc. jusqu’au niveau le plus concret.

     La doctrine sociale de l’Église insiste sur le fait que nous ne sommes pas des individus guidés par leurs intérêts et sans aspiration spirituelle, comme le voudrait la science économique. La célèbre phrase « il n’y a pas de société, il n’y a que des individus » [ndlr. prononcée par l’ancienne Premier ministre du Royaume-Uni Margaret Thatcher] n’est pas suffisante : on ne peut résoudre les problèmes politiques et économiques avec ce type de pensée. À ceci, la doctrine sociale répond par exemple par la « destination universelle des biens » : Dieu a fait le monde pour tous les hommes. Dans le même temps, l’histoire a prouvé que si l’on supprime tout à fait le principe de « propriété privée », on s’expose à d’autres dangers et d’autres désastres économiques et politiques. C’est au Pape de rappeler cet impératif de fraternité humaine, c’est la tâche des politiques de trouver des mécanismes pour résoudre ces difficultés.

 

Propos recueillis à Rome par Augustin Talbourdel et Claire Guigou.

 

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Qu’est-ce qu’une encyclique ?

 

La publication d’une nouvelle encyclique est toujours saluée comme un événement d’importance. En témoigne « Fratelli tutti », qui est rendue publique ce 4 octobre . Mais sait-on vraiment ce qu’est une encyclique ?

 

      Une encyclique est un document officiel du pape adressé à l’ensemble de l’Église qui porte sur un point spécifique de la doctrine catholique. Véritable référence, elle permet aux catholiques de mieux comprendre la vision de l’Église et les directions qu’elle propose sur un sujet interrogeant le monde.

     À l’origine, il s’agissait simplement d’une lettre exclusivement adressée aux évêques, ce qui reflète son étymologie. L’Encyclopédie catholique de l’abbé Jean-Baptiste Glaire explique qu’une « encyclique (du grec, enkyklios, kyklos signifiant “cercle”) n’est rien de plus qu’une lettre circulaire ». Au fil du temps, elle est devenue un document officiel centré sur une doctrine catholique particulière et est dorénavant adressée non-seulement aux évêques mais également à tous les prêtres de l’Église. 

 
Un moyen d’attirer l’attention des fidèles

 

      Le pape rédige une encyclique lorsque l’Église universelle requiert des conseils par rapport à un dilemme ou un besoin particulier auquel elle fait face à ce moment-là. De par leur nature, les encycliques adressées aux évêques du monde traitent généralement de sujets qui affectent le bien-être de l’Église dans son ensemble. Elles condamnent les erreurs courantes, attirent l’attention sur les dangers qui menacent la foi ou la vertu morale, encouragent les fidèles à la constance, ou encore, prescrivent des remèdes contre les maux anticipés ou déjà présents. Une encyclique est donc un moyen pour le pape de s’adresser à toute l’Église et d’attirer son attention sur un sujet d’actualité qui a besoin d’être traité de au temps présent.

     De son vivant, saint Jean Paul II a publié 14 encycliques, traitant de sujets variés tels que la valeur et l’inviolabilité de la vie humaine (Evangelium vitae), l’engagement œcuménique (Ut unum sint) et l’Eucharistie dans son rapport à l’Église (Ecclesia de Eucharistia). Une encyclique tient son nom latin des premiers mots de la lettre. Jusqu’à présent, le pape François n’a publié que deux encycliques, la première sur la lumière de la foi (Lumen fidei), et la seconde, Laudato Si’, sur l’écologie et le soin à apporter à la création. Sa troisième encyclique, Tous frères, est parue ce 4 octobre . 

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Le Pape à Assise: la fraternité sur
le chemin d'une Église en sortie

 

Éclairage de Mgr Paolo Martinelli, ancien doyen de l'Institut franciscain de spiritualité de l'Université pontificale Antonianum, et du père jésuite Luigi Territo, spécialiste de théologie fondamentale et de théologie islamique à la faculté de théologie de l'Italie du Sud.

 

Antonella Palermo-Cité du Vatican

 

     Pour souligner la portée du déplacement du Pape François à Assise, Mgr Paolo Martinelli, évêque auxiliaire de Milan et membre de la famille franciscaine revient sur le sens du lieu où saint François a donné naissance à une expérience de vie spirituelle, dont le cœur fondamental était précisément la reconnaissance d'être frères les uns des autres.

     Le père jésuite Luigi Territo explique quant à lui la valeur d'une Église activement «en sortie», comme aime à le répéter le Pape : «Il semble qu'il dise au monde qu'il y a une priorité mystique et spirituelle de l'expérience de la foi sur toutes les formes institutionnelles de nos croyances. Assise représente tout cela, et pas seulement pour les chrétiens, où il y a la mémoire historique d'un Saint qui a vécu comme les petits de l'Évangile, totalement confié au Père et pour cette raison reconnu comme frère de tous».

 

Un Magistère imprégné de fraternité

 

     En regardant les encycliques du Pape François, on peut facilement retrouver les graines qui ont en quelque sorte été semées pour préparer le terrain de cette encyclique Fratelli tutti. «On pense au texte d'Evangelii gaudium où il est question dans certains passages d'une mystique du vivre ensemble, de se mêler, de se rencontrer, de se prendre dans les bras, de se pencher et d'apporter une relation de fraternité à tous les gens, rappelle Mgr Martinelli. Je vois un lien profond, du moins si l'on considère le titre, avec ce texte fondamental et programmatique de son pontificat». Le prélat souligne l'idée d'être unis les uns aux autres pour la mystérieuse reconnaissance de la présence de Dieu en chacun de nous. Un mysticisme qui sait percevoir Dieu dans les relations fraternelles.

      Mais dans cette nouvelle encyclique s'y retrouve aussi Christus Vivit, l'exhortation apostolique adressée aux jeunes après le synode qui leur a été consacré, la valorisation du style d'ouverture à tous, de l'attention à l'être humain concret de chacun, de la sincérité, du courage, de la confiance mutuelle : les fondements d'un puissant sentiment de fraternité. «Ici, la citation de François d'Assise est appropriée, relève Mgr Martinelli, quand il a écrit son testament, il a écrit : "Le Seigneur m'a donné des frères"».

     Le père Territo partage la référence à Evangelii gaudium où le Pape parle d'une Église qui sait faire le premier pas, qui sait prendre l'initiative sans peur, qui va à la recherche du lointain, qui est à la croisée des chemins. «Ce n'est pas tant la question de la fraternité réciproque, précise le jésuite, que le concept d'une Église qui n'attend pas, qui se lance vers ses frères, qui marque un chemin. En ce sens, l'Église pour le Pape est précisément le levain de la fraternité. Je le vois aussi dans Amoris Laetitia, ou dans Laudato Si' : il y a l'idée de l'accompagnement de toute l'humanité, de l'amour conjugal, des couples blessés, de l'accompagnement des exclus, du souci des blessures de la terre. En résumé, l'idée d'une Église qui prend soin de toute l'humanité».

 

Qu'est-ce que la fraternité ?

 

      Est-ce un sentiment, une valeur, une disposition d'esprit, un commandement, un mode de vie, un cadeau ? «Du point de vue chrétien, la fraternité est avant tout une responsabilité, explique encore le père Territo, au sens fort du terme. C'est réponse décisive et consciente à un mode de vie que Jésus nous a montré. Un visage de Dieu que Jésus a montré, fraternel, accueillant, ouvert, non moralisateur, et aussi, si vous voulez, une réponse à l'appel original de la Genèse : "Qu'as-tu fait de ton frère ? Ce n'est pas une coïncidence si le document d'Abou Dhabi commence également par "Au nom de Dieu...". Pas au nom de la coexistence sociale, de la paix, de la solidarité. Mais au nom de Dieu. Au sens chrétien du terme, c'est donc une réponse à un appel à la fraternité».

     Mgr Martinelli reprend une des intuitions fondamentales de Laudato Si' dans laquelle il répète que tout est lié : «Du point de vue vital de la structure de l'existant, tout nous appelle à nous saisir les uns des autres en relation. L'expérience de saint François d'Assise, qui vit une profonde familiarité avec tout et tous, est emblématique. Même avec la mort de sa sœur. Au sens chrétien du terme, on reconnaît que ce que le Christ vient nous révéler est le mystère du Père, qui nous prend un par un, original, unique et irremplaçable. Cela nous permet de recommencer toujours, dans toutes les relations»

 

Fraternité et pseudo-communautarisme

 

     Le chemin de la fraternité universelle n'est pas sans difficultés et risques, car l'ennemi est toujours à l'affût. Il y a des formes d'incompréhension de la fraternité qui sont de mauvaises façons de penser le communautarisme, des formes de pseudo-fraternité qui sélectionnent et distinguent l'humanité en différentes classes, qui rejettent, qui excluent au nom d'une fraternité nationale, ethnique, religieuse, souligne encore l'évêque auxiliaire de Milan. Selon lui, si la fraternité exclut, cela signifie qu'il y a déjà le germe de la maladie. «Il est donc nécessaire de s'éduquer pour reconnaître le bien de l'autre comme une richesse inépuisable», en surmontant les préjugés et les peurs.

 

Les chefs religieux et l'attente de l'encyclique

 

     Les religions sont parfois manipulées. «Cette encyclique peut-elle sceller la vocation à construire une coexistence pacifique, vocation propre à chaque religion ? Je crois que le Pape suit une voie, il y a un processus continu de dialogue et de construction de ponts, comme il aime à le dire», explique le père Territo, en se référant au Document d'Abou Dhabi qui affirme qu'«il n'y a pas d'alternative dans le monde dans lequel nous vivons».

     «Je crois que "Fratelli tutti" va continuer dans ce processus qui est fait, oui, d'un magistère d'écrits, mais il est aussi fait d'un magistère de gestes de fraternité. Je crois que les chefs religieux attendent cette encyclique avec curiosité, intérêt et espoir, sachant que le Pape propose un chemin commun» précise le jésuite. «Nous sommes un peu les enfants d'une époque où la relation entre la société civile et la religion a été problématique», conclu Mgr Martinelli. «Ce n'est pas que pour bien s'entendre, comme si nous devions tous mettre notre expérience religieuse entre parenthèses. Ce n'est pas possible, car c'est précisément dans la reconnaissance de l'expérience religieuse et l'estime mutuelle que nous pouvons nous enrichir». 

 

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1 octobre 2020 4 01 /10 /octobre /2020 08:20
30 SEPTEMBRE : SAINT JÉRÔME, 1600 ANS APRÈ SA MORT, LETTRE DU PAPE FRANÇOIS
30 SEPTEMBRE : SAINT JÉRÔME, 1600 ANS APRÈ SA MORT, LETTRE DU PAPE FRANÇOIS
Tiziana Campisi - Cité du Vatican - 30 septembre 2020

 

Le Pape consacre une lettre à saint Jérôme,
1600 ans après sa mort

 

En ce 30 septembre 2020, mémoire de saint Jérôme de Stridon, le Pape François a signé une Lettre apostolique consacrée à la figure de ce Père de l’Église occidentale. “Scripturae Sacrae affectus” – «Une affection pour la Sainte Écriture» - analyse la vie, l’œuvre et l’actualité de l’auteur de la Vulgate, et invite les croyants d’aujourd’hui à se plonger avec passion dans la Parole de Dieu.

 

 

«Sa figure demeure d’une grande actualité pour nous chrétiens du XXIème siècle». C'est pourquoi, mille six cents ans après sa mort, le Pape François a voulu dédier à saint Jérôme, l'un des quatre Pères de l'Église occidentale, la Lettre apostolique Scripturae Sacrae Affectus. C'est précisément l'affection, l'amour pour l'Écriture Sainte qui est l'héritage que Jérôme «a laissé à l'Église à travers sa vie et ses œuvres». «Infatigable chercheur, traducteur, exégète, profond connaisseur et vulgarisateur passionné de la Sainte Écriture»; «interprète raffiné des textes bibliques»;  «ardent et parfois impétueux défenseur de la vérité chrétienne»; «ermite ascétique intransigeant» et «guide spirituel expérimenté»: ainsi le Pape François décrit-il saint Jérôme.

 

La vie de Jérôme

Dans sa Lettre apostolique, le Saint-Père retrace la vie de Jérôme, rappelant sa solide éducation chrétienne et son sérieux dans les études, ses voyages, ses amitiés et ses expériences. Parmi celles-ci, on trouve le désert, qui par «la vie érémitique qui en résulte, est choisi et vécu par Jérôme dans son sens le plus profond: le lieu des choix existentiels fondamentaux, d’intimité et de rencontre avec Dieu, où, dans la contemplation, les épreuves intérieures, le combat spirituel, il arrive à la connaissance de la fragilité avec une conscience plus grande de ses limites et de celles d’autrui, et en reconnaissant l’importance des larmes».

 

Et c'est dans le désert que le jeune homme originaire de Stridon fait l'expérience de «la présence concrète de Dieu, la relation nécessaire de l’être humain avec lui, sa consolation miséricordieuse». Jérôme, ami de jeunesse de Rufin d'Aquilée, connaît aussi Grégoire de Naziance, Didyme l'Aveugle, Épiphane de Salamine. Il rencontre Ambroise et entretient une correspondance étroite avec Augustin. Il consacre «son existence à rendre toujours plus accessibles aux autres les lettres divines, par son infatigable travail de traducteur et de commentateur».

 

Ayant décidé de consacrer sa vie entière à Dieu, il est ordonné prêtre à Antioche vers 379, puis s'installe à Constantinople, et se consacre à la traduction en latin d'œuvres importantes du grec, tout en continuant à étudier avec passion. «Une inquiétude sacrée le guide et le rend infatigable et passionné dans la recherche», écrit le Pape François en citant saint Jérôme: «Parfois je désespérais, plusieurs fois j’ai abandonné; mais ensuite je reprenais grâce à la décision obstinée d’apprendre».

 

Un lien fort avec Rome

Est ensuite évoqué son retour à Rome, lorsqu'en 382 il devient un proche collaborateur du Pape Damase, et que des cénacles de lecture de l'Écriture Sainte sont organisés «grâce au soutien de femmes de l’aristocratie romaine désireuses de choix évangéliques radicaux, comme Marcella, Paula et sa fille Eustochia». C'est au cours de ces années que Jérôme «entreprend en même temps une révision des précédentes traductions latines des Évangiles, peut-être aussi d’autres parties du Nouveau Testament». «Pour Jérôme, l’Église de Rome est le terrain fécond où la semence du Christ porte du fruit en abondance», observe le Pape.

 

À une époque agitée, où la tunique sans couture de l'Église est souvent déchirée par les divisions entre chrétiens, Jérôme se tourne vers la chaire de Pierre comme un point de référence sûr: «Moi qui ne vais à la suite de personne si ce n’est du Christ, je m’unis en communion à la Chaire de Pierre. Je sais que l’Église est édifiée sur ce roc». À la mort de Damase, Jérôme quitte la ville, entreprend de nouveaux voyages et d'autres études, et choisit finalement de vivre à Bethléem, près de la grotte de la Nativité. Ill y fonde deux monastères, un masculin et un féminin, avec des hospices pour accueillir les pèlerins, «révélant sa générosité à accueillir ceux qui viennent dans cette terre pour voir et toucher les lieux de l’histoire du salut, unissant ainsi la recherche culturelle à la recherche spirituelle».

 

C'est précisément à Bethléem, où il est mort en 420, que Jérôme vit «la plus féconde et la plus intense, complètement consacrée à l’étude de l’Écriture, occupé par l’œuvre monumentale de traduction de tout l’Ancien Testament à partir de l’original hébreu. En même temps, il commente les livres prophétiques, les psaumes, les œuvres pauliniennes, il rédige des aides pour l’étude de la Bible». Une œuvre précieuse qui peut encore être appréciée, «fruit de confrontations et de collaborations, en partant de la transcription et de la collection des manuscrits jusqu’à la réflexion et la discussion».

 

Le saint ermite explique en effet: «Je n’ai jamais fait confiance à mes propres forces pour étudier les volumes divins, […] j’ai l’habitude de poser des questions, même concernant ce que je croyais savoir,  à plus forte raison sur  ce dont je n’étais pas sûr». Conscient de ses propres limites, il demande «un soutien continuel dans la prière  d’intercession pour la réussite de sa traduction des textes sacrés “dans le même Esprit où ils furent écrits”».

 

Une attitude synodale

Le Pape François souligne aussi dans sa Lettre Apostolique que «l’étude de Jérôme est considérée comme un effort accompli au sein de la communauté et au service de la communauté, un modèle de synodalité aussi pour nous, pour notre temps et pour les diverses institutions culturelles de l’Église, afin qu’elles soient toujours “un lieu où le savoir devient service, parce que sans un savoir qui naît de la collaboration, et qui aboutit à la coopération, il n’y a pas de développement véritablement et intégralement humain”». Le fondement de cette communion, souligne le Saint-Père, est l'Écriture, que nous ne pouvons pas lire seuls: «La Bible a été écrite par le Peuple de Dieu et pour le Peuple de Dieu, sous l’inspiration de l’Esprit Saint. C’est seulement dans cette communion avec le Peuple de Dieu, dans ce “nous” que nous pouvons réellement entrer dans le cœur de la vérité que Dieu lui-même veut nous dire». Puis le Pape mentionne l'activité épistolaire de Jérôme et les missives dans lesquelles il aborde les polémiques doctrinales, «toujours pour la défense de la vraie foi, se révélant homme de relations vécues avec force et douceur, avec un plein engagement, sans formes édulcorées, et faisant l’expérience que «l’amour n’a pas de prix». Il vit ainsi ses affections avec fougue et sincérité».

 

Deux clés pour comprendre Saint Jérôme

«Pour une meilleure compréhension de la personnalité de saint Jérôme, il est nécessaire de conjuguer deux dimensions caractéristiques de son existence de croyant: d’un côté, l’absolue et rigoureuse consécration à Dieu, avec le renoncement à toute satisfaction humaine par amour du Christ crucifié (cf. 1Co 2, 2 ; Phil 3, 8.10) ; de l’autre, l’engagement pour l’étude assidue, visant exclusivement une compréhension toujours plus profonde du mystère du Seigneur». Ces deux caractéristiques, mises en évidence également dans les représentations artistiques du Père de l'Eglise, font de lui un modèle pour les «moines, afin que celui qui vit d’ascèse et de prière soit invité à se consacrer à l’enfantement assidu de la recherche et de la pensée; puis [pour les] chercheurs qui doivent se rappeler que le savoir est religieusement valide seulement s’il se fonde sur l’amour exclusif de Dieu, sur le dépouillement de toute ambition humaine et de toute aspiration mondaine».

 

Passionné de l'Écriture Sainte

«Le trait particulier de la figure spirituelle de saint Jérôme demeure certainement son amour passionné pour la Parole de Dieu transmise à l’Église dans la Sainte Écriture», insiste ensuite le Pape. À partir de l'Écriture, Jérôme souligne le «caractère plutôt humble de la révélation de Dieu, exprimée dans la nature rude et presque primitive de la langue hébraïque en comparai- son au raffinement du latin cicéronien», et enseigne «qu’il ne faut pas étudier seulement les Évangiles, et ce n’est pas seulement la tradition apostolique présente dans les Actes des Apôtres et dans les Lettres qui doit être commentée».

 

Une obéissance active

Il y a un autre trait de Jérôme que le Saint-Père invite à considérer: l'obéissance dont est imprégné son amour pour les Écritures divines, «envers Dieu qui s’est communiqué par des paroles qui exigent une écoute respectueuse, et, en conséquence, obéissance envers ceux qui représentent dans l’Église la tradition vivante interprétative du message révélé». Une obéissance, cependant, qui n'est pas «une simple réception passive de ce qui est connu», mais qui «exige, au contraire, l'engagement actif de la recherche personnelle». Nous pouvons donc «considérer saint Jérôme comme un “serviteur” de la Parole, fidèle et laborieux, consacré entièrement à favoriser chez ses frères dans la foi une compréhension plus adéquate du “dépôt” sacré qui leur est confié».

 

Jérôme, un guide pour les universitaires d'aujourd'hui

François ajoute que Jérôme est un guide encore pour aujourd’hui «tant parce que […] il conduit chaque lecteur au mystère de Jésus, que parce qu’il assume de façon responsable et systématique les méditations exégétiques et culturelles nécessaires pour une lecture correcte et fructueuse des Saintes Écritures». Et il précise ensuite: «la compétence dans les langues dans lesquelles la Parole de Dieu a été transmise, l’analyse soignée et l’évaluation des manuscrits, la recherche archéologique ponctuelle, en plus de la connaissance de l’histoire de l’interprétation» orientent «vers une juste compréhension de l’Écriture inspirée». Il est donc indispensable, aux yeux du Pape, qu’aujourd’hui «l’action interprétative de la Bible soit soutenue par des compétences spécifiques». Sont cités en exemple l'Institut Biblique Pontifical et l'Institut Patristique Augustinianum à Rome, ainsi que l'École Biblique et le Studium Biblicum Franciscanum à Jérusalem, chaque faculté étant invitée à «s’engager afin que l’enseignement de la Sainte Écriture soit programmé de manière à assurer aux étudiants une capacité interprétative compétente, soit dans l’exégèse des textes, soit dans les synthèses de théologie biblique». Car la «richesse de l’Écriture est malheureusement ignorée ou minimisée par beaucoup, parce que les bases essentielles de connaissance ne leur ont pas été fournies», déplore François. Il est également nécessaire de «promouvoir une formation étendue à tous les chrétiens, pour que chacun devienne capable d’ouvrir le livre sacré et d’en tirer les fruits inestimables de sagesse, d’espérance et de vie», écrit le Pape en mentionnant le Dimanche de la Parole de Dieu, une initiative qui doit «encourager la lecture orante de la Bible et la familiarité avec la Parole de Dieu».

 

La Vulgate, monument qui a traversé les siècles

L'œuvre la plus connue de Jérôme est sans aucun doute la Vulgate, traduction de l'Ancien Testament en latin, à partir de l'hébreu original. À l'époque de Jérôme, explique le Pape, «les chrétiens de l’empire romain pouvaient lire intégralement la Bible seulement en grec», et pour les lecteurs de langue latine, il n'existait pas de version complète de la Bible mais seulement quelques traductions, partielles et incomplètes, à partir du grec. «Il revient le mérite à Jérôme, et après lui à ses continuateurs, écrit le Saint-Père, d’avoir entrepris une révision et une nouvelle traduction de toute l’Écriture. Ayant initié à Rome la révision des Évangiles et des Psaumes, avec l’encouragement du Pape Damase, Jérôme commença dans sa retraite de Bethléem la traduction de tous les livres vétérotestamentaires, directement à partir de l’hébreu: une œuvre poursuivie durant des années». Une œuvre pour laquelle Jérôme «mit à profit sa connaissance du grec  et de l’hébreu ainsi que sa solide formation latine, et il se servit des instruments philologiques qu’il avait à disposition». «Le résultat est un vrai monument qui a marqué l’histoire culturelle de l’Occident en en modelant le langage théologique», et on peut affirmer que «l’Europe du Moyen Age a appris à lire, à prier et à raisonner sur les pages de la Bible traduite par Jérôme».

 

Traduire pour bâtir des ponts

Avec la Vulgate, explique ensuite le Souverain Pontife, «Jérôme a réussi à “inculturer” la Bible dans la langue et dans la culture latines, et son opération est devenue un paradigme permanent pour l’action missionnaire de l’Église». Comme le rappelle le Pape, «la Bible a besoin d’être constamment traduite dans les catégories linguistiques et mentales de chaque culture et de chaque génération, y compris dans la culture sécularisée globale de notre temps», «c’est pourquoi la traduction n’est pas un travail qui regarde uniquement le langage, mais qui correspond, en vérité, à une décision éthique plus ample qui se connecte à la vision entière de la vie». «Sans traduction, les différentes communautés linguistiques seraient dans l’impossibilité de communiquer entre elles. Nous fermerions les uns aux autres les portes de l’histoire et nous nierions la possibilité de construire une culture de la rencontre. En effet, sans traduction, on ne donne pas hospitalité, au contraire, les pratiques d’hostilité se renforcent», prévient François. Ainsi, «le traducteur est un bâtisseur de ponts».

 

Pourquoi célébrer saint Jérôme ?

Pour le Pape, la célébration du seizième centenaire de la mort de saint Jérôme nous amène à considérer «l’extraordinaire vitalité missionnaire exprimée par la traduction de la Parole de Dieu en plus de trois mille langues», et les nombreux «missionnaires auxquels on doit la précieuse œuvre de publication de grammaires, de dictionnaires et autres instruments linguistiques qui offrent les fondements à la communication humaine et sont un véhicule pour le “rêve missionnaire d’arriver à tous”». D'où l'invitation à «valoriser tout ce travail et d’y investir, en contribuant au dépassement des frontières de l’incommunicabilité et de l’absence de rencontre. Il reste beaucoup à faire», constate le Souverain Pontife.

 

Le défi du Pape aux jeunes

Enfin, le Pape souligne que «l'un des problèmes actuels, et pas seulement de la religion, est l’analphabétisme: le manque de connaissances herméneutiques qui nous rendent interprètes et traducteurs crédibles de notre propre tradition culturelle». D'où ce défi lancé, «spécialement aux jeunes: partez à la recherche de votre héritage». «Le christianisme vous rend héritiers d’un patrimoine culturel inégalable dont vous devez prendre possession. Passionnez-vous de cette histoire qui est vôtre. Osez fixer le regard sur Jérôme, ce jeune inquiet qui, comme le personnage de la parabole de Jésus, vend tout ce qu’il possède pour acheter “la perle de grand prix”», demande-t-il. Jérôme «est la “Bibliothèque du Christ”, résume le Saint-Père, une bibliothèque pérenne, qui, seize siècles plus tard, continue à nous enseigner ce que signifie l’amour du Christ, un amour indissociable de la rencontre avec sa Parole. C’est pourquoi le centenaire actuel est un appel à aimer ce que Jérôme a aimé, en redécouvrant ses écrits et en se laissant toucher par l’impact d’une spiritualité qui peut être décrite, dans son noyau le plus vital, comme le désir inquiet et passionné d’une connaissance plus grande du Dieu de la Révélation». Et le Pape de citer à nouveau Jérôme, pour un dernier conseil: « Lis souvent les Divines Écritures; ou plutôt, que tes mains ne déposent jamais le livre saint ! »

 

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30 septembre 2020 3 30 /09 /septembre /2020 09:12
« VIENS ET VOIS » : MESSAGE DU PAPE POUR LA JOURNÉE DES COMMUNICATIONS EN MAI 2021
« VIENS ET VOIS » : MESSAGE DU PAPE POUR LA JOURNÉE DES COMMUNICATIONS EN MAI 2021

Le thème choisi par le Saint-Père pour la 55ème Journées des Communications sociales de mai 2021 a été révélé mardi 29 septembre. Il se présente ainsi: «Viens et vois. Communiquer en rencontrant les personnes telles qu'elles sont, et où elles sont».

 

«Viens et vois». Ces paroles de l'apôtre Philippe sont centrales dans l'Évangile: avant les mots, l’annonce chrétienne est en effet faite de regards, de témoignages, d'expériences, de rencontres, de proximité. En un mot, de vie. Ce sont précisément ces mots, cités dans l'Évangile de Jean (1:43-46), qui ont été choisis par le Pape François comme thème du 55ème message pour la Journée des communications sociales, qui sera célébrée en mai 2021.

Voici la citation de l'Évangile dont le message est extrait: «Le lendemain, Jésus décida de partir pour la Galilée. Il trouve Philippe, et lui dit: "Suis-moi." Philippe était de Bethsaïde, le village d’André et de Pierre. Philippe trouve Nathanaël et lui dit: "Celui dont il est écrit dans la loi de Moïse et chez les Prophètes, nous l’avons trouvé: c’est Jésus fils de Joseph, de Nazareth." Nathanaël répliqua: "De Nazareth peut-il sortir quelque chose de bon?" Philippe répond: "Viens, et vois".»

 

Reconnaître l'essentiel, comprendre le sens des choses  

Dans le changement d'époque que nous vivons, en un temps qui nous oblige à une distance sociale en raison de la pandémie, la communication peut rendre possible la proximité nécessaire pour reconnaître l'essentiel et comprendre véritablement le sens des choses. 

 

Nous ne connaissons la vérité que si nous la vivons, que si nous rencontrons les gens, que si nous participons à leurs joies et à leurs peines. Le vieux dicton «Dieu te rencontre là où tu es» peut servir de guide à ceux qui travaillent dans les médias ou la communication au sein de l'Église. Dans l'appel des premiers disciples, avec Jésus allant à leur rencontre et les invitant à le suivre, nous voyons aussi l'invitation à utiliser tous les médias, sous toutes leurs formes, pour atteindre les gens tels qu'ils sont et là où ils vivent, relève ainsi la note explicative accompagnant le thème de cette prochaine Journée.

« VIENS ET VOIS » : MESSAGE DU PAPE POUR LA JOURNÉE DES COMMUNICATIONS EN MAI 2021
Pape François: les médias chrétiens forment les consciences

 

Le Pape François a reçu la rédaction de l’hebdomadaire belge chrétien, Tertio, vendredi 18 septembre 2020 en salle Clémentine du Palais apostolique au Vatican. Devant ses membres, le Saint-Père a insisté sur la haute mission des journalistes chrétiens dans des sociétés sécularisées.
 

C’est à l’occasion du vingtième anniversaire de son existence que la rédaction du magazine flamand d’informations religieuses, Tertio, a pèleriné vers Rome, où elle a été reçue par le Souverain pontife, ce vendredi 18 septembre. 

Devant ce parterre de journalistes chrétiens, le Pape a loué «la grande importance» de l’existence de tels médias spécialisés «dans l’information de qualité sur la vie de l’Eglise dans le monde», contribuant à une «formation des consciences».  

 

Enrichir un paysage médiatique sécularisé

«D’ailleurs, le nom même de votre hebdomadaire, Tertio, se réfère à la Lettre Apostolique du saint Pape Jean-Paul II Tertio millennio adveniente, à l’approche du grand Jubilé de l’an 2000, pour préparer les cœurs à l’accueil du Christ et de son message libérateur», a précisé le Saint-Père, comparant cette référence «non seulement un appel à l’espérance», mais aussi «visant à faire entendre la voix de l’Église et celle d’intellectuels chrétiens dans un paysage médiatique de plus en plus sécularisé afin de l’enrichir avec des réflexions constructives». 

 

Ainsi en tant que média chrétien, il s’agit pour le titre de presse «de favoriser une culture de la rencontre», en cherchant «une vision positive des personnes et des faits, tout en rejetant les préjugés», a estimé le Pape. 

 

Le journaliste chrétien ne doit pas voiler la vérité

«Les chrétiens engagés dans la communication sont appelés à mettre en œuvre de manière très concrète l’appel du Seigneur à aller dans le monde et à proclamer l’Evangile (cf. Mc 16, 15)», a aussi souligné l’évêque de Rome. Par sa haute conscience professionnelle, le journaliste chrétien est donc invité à porter «un témoignage nouveau dans le monde de la communication sans voiler la vérité, ni manipuler l’information».

 

Porter «une parole de réconfort»

«Le professionnel chrétien de l’information doit donc être un porteur d’espérance et de confiance en l’avenir. Car c'est seulement lorsque l'avenir est assumé en tant que réalité positive et possible que le présent devient aussi vivable», a affirmé le Pape, faisant ensuite allusion à son message pour la 54ème Journée des Communications Sociales, le 24 janvier 2020.

 

Dans le contexte particulier de la pandémie, le Successeur de Pierre a enfin estimé important que les moyens de communication sociale contribuent à faire en sorte que les personnes «ne demeurent pas enfermées dans leur solitude et puissent recevoir une parole de réconfort».

 

Le magazine catholique néerlandophone Tertio a vu le jour en 2000 dans un contexte flamand de progression des idées libertaires dans le débat public belge, avec une sous-représentation et perte de terrain connexe du catholicisme. Il doit effectivement son nom à la lettre du pape Jean-Paul II, «Tertio Millennio Adveniente». Il est tiré à environ 6 000 exemplaires, et diffusé en Flandres et à Bruxelles.

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28 septembre 2020 1 28 /09 /septembre /2020 14:05
PAPE FRANÇOIS, ANGÉLUS DU 27 SEPTEMBRE 2020
Adélaïde Patrignani – Cité du Vatican - 27 septembre 2020
Angélus: pas d'authentique vie chrétienne sans engagement ni conversion

 

Avant la prière de l’Angélus, récitée depuis la fenêtre du Palais apostolique, le Saint-Père a commenté l’Évangile de ce 26e dimanche du temps ordinaire, la parabole dite “des deux fils” (Mt 21, 28-32). Jésus veut montrer que la religion n’est pas une «pratique extérieure», mais demande un engagement de toute la personne, qui est souvent le fruit d’une conversion, grâce à demander à Dieu.

 

Dans cet Évangile, Jésus invite une fois encore à dépasser les faux-semblants pour descendre dans les profondeurs de la personne humaine. Par cette parabole, a expliqué le Pape aux pèlerins rassemblés Place Saint-Pierre sous leurs parapluies, il veut «dépasser une religion entendue seulement comme une pratique extérieure et habituelle, qui n’a pas d’incidence sur la vie et sur les comportements des personnes», qui «n’interpelle pas la conscience» ni la «responsabilité face au bien et au mal».

 

Un Père patient

La réponse de chacun des fils puis leur décision montre que l’obéissance «ne consiste pas à dire “oui” ou “non”, mais à agir, […], à réaliser le Royaume de Dieu, à faire le bien», a ajouté le Saint-Père.

 

Mais il ne faut pas pour autant comprendre que le Seigneur présente comme «des modèles de vie» les publicains et les prostitués. Ils doivent être vus comme des «privilégiés de la Grâce». «La conversion est toujours une grâce», que «Dieu offre à quiconque s’ouvre et se convertit à Lui». En effet, à l’image du fils qui, après avoir refusé de travailler pour son père, se repend et s’engage, tous ceux qui se convertissent révèlent que «Dieu est patient avec nous», a souligné François. «Pensons à la patience de Dieu... c'est merveilleux!»: Il nous laisse «libres de nous éloigner de Lui», mais attend sans se lasser le jour où il nous accueillera à nouveau, nous comblant de sa «miséricorde sans limite».

 

Choisir et combattre, avec la grâce de Dieu

La foi en Dieu, a précisé le Pape, implique un choix quotidien: choix du «bien par rapport au mal», de la «vérité par rapport au mensonge», de «l’amour du prochain par rapport à l’égoïsme». Et c’est en ce choix que consiste la conversion qui nous ouvrira les portes du Royaume des cieux. La conversion, a continué le Saint-Père, est un «processus qui nous purifie des incrustations morales», un chemin «parfois douloureux».

 

«Il n’y a pas de chemin de sainteté sans quelques renoncements et sans combat spirituel», a déclaré le Pape. «Combattre pour le bien, combattre pour ne pas tomber dans la tentation», afin d'arriver peu à peu à la «joie des Béatitudes».

 

Ainsi, a résumé le Souverain Pontife, l’évangile de ce dimanche montre que la vie chrétienne n’est pas synonyme de «rêves et de belles aspirations», mais «d’engagements concrets, pour s’ouvrir toujours à la volonté de Dieu et à l’amour envers nos frères».

 

Mais tout progrès est impossible «sans la grâce». Et le Pape de conclure en invitant les fidèles à demander la grâce de la conversion, par cette prière: «Seigneur, donne-moi la grâce d'être meilleur. Donne-moi la grâce d'être un bon chrétien». 

 

 

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24 septembre 2020 4 24 /09 /septembre /2020 13:15
Audience générale du Saint-Père dans la Cour Saint-Damase du Palais Apostolique, le mercredi 23 septembre 2020
Audience générale du Saint-Père dans la Cour Saint-Damase du Palais Apostolique, le mercredi 23 septembre 2020

Audience générale du Saint-Père dans la Cour Saint-Damase du Palais Apostolique, le mercredi 23 septembre 2020

Xavier Sartre – Cité du Vatican - Vatican Media

 

Dans le monde de l'après-pandémie,
réaffirmer le principe de subsidiarité

 

     Le Pape François a poursuivi sa série de catéchèses sur le monde après la pandémie au cours de l'audience générale. Le Souverain Pontife a invité à se pencher sur le principe de subsidiarité, depuis longtemps mis en avant par l'Église pour que personne ne soit laissé au bord du chemin.

 

     La subsidiarité est nécessaire à la solidarité pour sortir de la crise, car «il n'y a pas de vraie solidarité sans participation sociale, sans la contribution des corps intermédiaires: des familles, des associations, des coopératives, des petites entreprises, des expressions de la société civile.» «Cette participation aide à prévenir et à corriger certains aspects négatifs de la mondialisation et de l'action des États, comme cela se produit également dans le soin des personnes frappées par la pandémie. Ces contributions “d'en-bas” doivent être encouragées» exhorte François.

     «Chacun de nous est appelé à assumer sa part de responsabilité», surtout dans une crise comme celle que nous traversons. Le Pape François précise que nous devons le faire «non seulement en tant que personnes individuelles, mais également à partir de notre groupe d'appartenance, du rôle que nous avons dans la société, de nos principes et, si nous sommes croyants, de la foi en Dieu».

 

Un principe nécessaire

      Tous, cependant, ne peuvent pas le faire. Les uns parce qu'ils sont marginalisés, exclues ou ignorés, les autres parce qu'ils sont écrasés économiquement ou politiquement. Enfin, «dans certaines sociétés, de nombreuses personnes ne sont pas libres d'exprimer leur foi et leurs valeurs. Ailleurs, en particulier dans le monde occidental, beaucoup de gens auto-répriment leurs convictions éthiques ou religieuses. Mais ainsi on ne peut pas sortir de la crise, ou en tout cas on ne peut pas en sortir meilleurs» met en garde le Saint-Père.

     Dans ce contexte, le principe de subsidiarité, qui «a un double dynamisme: du haut vers le bas et du bas vers le haut», apparaît donc comme le meilleur moyen de reconstruire, comme Pie XI l'affirma au temps de la Grande Dépression des années 1930. L'État doit donc agir quand «les personnes individuelles, les familles, les petites associations ou les communautés locales ne sont pas en mesure d'atteindre les objectifs primaires». C'est pourquoi, dans le cadre, du confinement, «les institutions publiques cherchent à apporter leur aide à travers des interventions appropriées».

 

La subsidiarité bafouée

     Mais «la contribution des individus, des familles, des associations, des entreprises, de tous les corps intermédiaires et également des Églises est décisive» prévient François, car «avec leurs ressources culturelles, religieuses, économiques ou de participation civique, revitalisent et renforcent le corps social».

     Ce n'est pourtant pas le cas partout. Le Pape dénonce ainsi les lieux où la «sagesse» de ces groupes sociaux n'est pas prise en compte comme dans les régions d'extraction minières. «Les voix des peuples autochtones, leurs cultures et leurs visions du monde ne sont pas prises en considération», affirme-t-il. «Ce manque de respect du principe de subsidiarité s'est diffusé comme un virus» regrette-t-il, pointant du doigt les «grandes compagnies multinationales» que l'on écoute davantage que «les mouvements sociaux», «les grandes compagnies pharmaceutiques que les agents de santé, engagés en première ligne dans les hôpitaux ou dans les camps de réfugiés.» «Ce n'est pas bonne voie» s'exclame le Saint-Père.

 

Rêver en grand

     «Pour mieux sortir d'une crise, le principe de subsidiarité doit être appliqué, en respectant l'autonomie et la capacité d'initiative de tous, en particulier des derniers» explique alors le Pape, rappelant que «toutes les parties d'un corps sont nécessaires et, comme le dit saint Paul, ces parties qui pourrait sembler les plus faibles et les moins importantes, sont en réalité les plus nécessaires». Chacun assume un rôle et cette mise en œuvre donne «espérance» dans un avenir «plus sain et juste» que nous construisons ensemble «en aspirant aux choses plus grandes, en élargissant nos horizons.»

     Se souvenant d'un geste très diffusé dans plusieurs pays pendant le confinement, les applaudissements au corps médical, le Pape invite à l'étendre aux personnes âgées, aux enfants, aux porteurs de handicap, aux travailleurs mais à aller au-delà. «Encourageons-nous à rêver en grand, en cherchant les idéaux de justice et d'amour social qui naissent de l'espérance. N'essayons pas de reconstruire le passé, en particulier celui qui était injuste et déjà malade. Construisons un avenir où la dimension locale et celle mondiale s'enrichissent mutuellement, où la beauté et la richesse des groupes mineurs puisse fleurir, et où celui qui a davantage s'engage à servir et à donner plus à celui qui a moins».

 

 

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21 septembre 2020 1 21 /09 /septembre /2020 13:23
PAPE FRANÇOIS, ANGÉLUS DU 20 SEPTEMBRE 2020
PAPE FRANÇOIS, ANGÉLUS DU 20 SEPTEMBRE 2020
20 septembre 2020
Angélus: Dieu récompense ses serviteurs par la grâce

 

       Lors de l’Angélus de ce dimanche 20 septembre, devant quelques centaines des fidèles présents sur la Place Saint-Pierre dans le respect des règles de distanciation physique, le Pape a commenté l’Évangile du jour, tiré du 20e chapitre de saint Matthieu, qui raconte la parabole des travailleurs appelés par le Maître de la Vigne.

 

      «À travers ce récit, Jésus nous montre la surprenante façon d’agir de Dieu, représentée par les deux attitudes du maître: l’appel et la récompense», a expliqué François. Le maître appelle ses ouvriers à cinq reprises. Ainsi il «représente Dieu qui appelle tous et appelle toujours, à n’importe quelle heure. Dieu agit aussi comme ça aujourd’hui: il continue à appeler quiconque, à n’importe quelle heure, pour inviter à travailler dans son Royaume».

     «Dieu est toujours en sortie», à notre recherche, a insisté François. Nos communautés doivent donc elles aussi se situer dans une dynamique de sortie, pour aller à la rencontre de ceux qui vivent dans les périphéries existentielles et ont besoin de rencontrer Jésus ou de le retrouver après s’en être éloigné. «Quand l’Église n’est pas en sortie, elle devient malade», a répété le Pape.

 

La récompense divine est une grâce

         «La deuxième attitude du maître est sa façon de récompenser les travailleurs.» Dans cette parabole de l’Évangile, il attribue à tous le même salaire, ce qui suscite l’indignation et la jalousie de ceux qui avaient commencé leur travail plus tôt dans la journée. On comprend donc ici que «Jésus n’est pas en train de parler du travail et du juste salaire, mais du Royaume de Dieu et de la bonté du Père céleste», qui «ne regarde pas le temps et les résultats, mais la disponibilité et la générosité avec laquelle nous nous mettons à son service». Sa logique est donc celle de la gratuité, de la grâce.

       «Tout est grâce», a insisté François, en expliquant que «celui qui raisonne avec la logique humaine, c’est-à-dire celle des mérites acquis avec sa propre bravoure, de premier, se retrouve dernier. Au contraire, celui qui se confie avec humilité à la miséricorde du Père, de dernier, se retrouve premier.» Le Pape a conclu en demandant à Marie de nous inspirer la joie d’être appelés par Jésus et d’avoir «comme unique récompense son amour, l’amitié de Jésus, qui est tout pour nous».

 

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19 septembre 2020 6 19 /09 /septembre /2020 22:11
PAPE FRANÇOIS, AUDIENCE GÉNÉRALE DU 16 SEPTEMBRE 2020
PAPE FRANÇOIS, AUDIENCE GÉNÉRALE DU 16 SEPTEMBRE 2020
Audience générale: retrouver le sens de la contemplation pour soigner la création

 

Devant quelques centaines de fidèles réunis dans la cour Saint Damase pour l’audience générale hebdomadaire, le Pape François a poursuivi son cycle de catéchèse sur « guérir le monde » après la pandémie. Pour le Saint-Père, le soin que nous portons à nos frères et sœurs humains doit s’appliquer aussi envers la création. Pour ce faire, il est important de retrouver un regard contemplatif sur elle.

     Pour sortir d’une pandémie, il faut «guérir et se soigner mutuellement». Ainsi, tous ceux qui prennent soin des personnes vulnérables doivent être soutenus dans leur service, a commencé le Pape, pour qui ce soin doit également s’étendre à la création. Celle-ci ne doit pas être appréhendée comme une «simple ressource», car les créatures ont «une valeur en elles-mêmes», en ce sens qu’elles «reflètent, chacune à sa façon, un rayon de la sagesse et bonté infinies de Dieu» (Catéchisme de l’Église catholique, n.339). En abuser est un «grave péché», prévient François, qui rappelle que la contemplation constitue le «meilleur antidote contre un usage impropre de notre maison commune».

Se sentir partie prenante de la création

     «Sans contemplation, il est facile de tomber dans un anthropocentrisme déséquilibré et orgueilleux» ; cette vision erronée positionne l’homme comme dominateur absolu sur toutes les autres créatures. Or, en prétendant occuper la place de Dieu, «nous devenons des prédateurs» qui exploitent la terre, au lieu de la travailler avec soin. «Nos frères les plus pauvres et notre mère la terre gémissent à cause des dommages et de l'injustice que nous avons provoqués» et réclament une conversion de notre part.

     Il est donc important de retrouver cette dimension contemplative, qui fait découvrir chez les autres et dans la nature «quelque chose de beaucoup plus grand que leur utilité», à savoir «la valeur intrinsèque que Dieu (leur) a conférée». La contemplation «se fait à partir de l’intérieur, en nous reconnaissant comme une partie de la création, en devenant des protagonistes», plus que de simples observateurs. «Si tu es incapable de contempler la nature, tu ne pourras pas contempler la beauté des personnes» a relevé le Pape, qui insiste : «ceux qui exploitent la nature finissent par exploiter les gens, c'est une loi universelle».

     Le «contemplatif en action» adopte une attitude de vigilance, devient protecteur de l’environnement, cherchant «à conjuguer les savoirs ancestraux de cultures millénaires avec les nouvelles connaissances techniques, afin que notre style de vie soit durable».

Quel patrimoine laisserons-nous aux générations futures?

     Contempler et prendre soin: ce sont deux attitudes «qui montrent la voie pour corriger et rééquilibrer notre relation d’êtres humains avec la création». La relation que l’homme entretient avec la nature s’assimile parfois à celle nourrie entre des ennemis, note le Pape. Or l’exploitation effrénée se paie très cher, met-il en garde en citant un dicton espagnol : «Dieu pardonne toujours ; nous pardonnons parfois ; la nature ne pardonne jamais». Ce rapport doit se muer en relation «fraternelle». «Le problème n'est pas de savoir comment toi tu t'en sors aujourd'hui, le problème est la vie des générations futures», a lancé François. «Pensons aux enfants, aux petits-enfants : qu’est-ce que nous leur laisserons, si nous exploitons la création ?»

     Ainsi, ceux qui choisissent la voie de la contemplation deviennent les «gardiens de la maison commune » et sauvegardent le patrimoine que Dieu nous a confié afin que les générations futures puissent en profiter». Et le Pape de rendre hommage aux peuples autochtones, «envers lesquels nous avons une dette de reconnaissance», mais également envers les associations et mouvements qui s’engagent à protéger leur territoire avec ses valeurs naturelles et culturelles, mais dont le travail n’est pas toujours apprécié, voire entravé. Ils participent tous à la «révolution du soin».

     «Chacun de nous peut et doit devenir un “gardien de la maison commune”, capable de louer Dieu pour ses créatures, de les contempler et de les protéger”», a conclu le Pape.

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14 septembre 2020 1 14 /09 /septembre /2020 19:19
14 SEPTEMBRE, FÊTE DE LA CROIX GLORIEUSE : LA CROIX ATTIRE, CAR ELLE PROMET ET RÉALISE L'UNION AVEC DIEU - POURQUOI FÊTER LA CROIX GLORIEUSE ?

Article paru dans "Signes d'aujourd'hui"

 

Pourquoi fêter la Croix glorieuse ?

 

Instrument de torture infamant, la croix est devenue le signe glorieux de la résurrection.

 

Croix au levant

     Dans la symbolique chrétienne, la croix présente un double visage. Dans le contexte de la passion et de la mort violente de Jésus, les évangiles évoquent la croix en tant qu'instrument de torture et gibet d'infamie. A cet égard, la croix ne mérite évidemment pas de devenir un objet de vénération. 

      Très tôt, les chrétiens ont vu dans la croix, plutôt qu'un accessoire meurtrier, l'image du sacrifice par lequel Jésus nous affranchit du péché et de la mort. L'apôtre Paul, déjà, écrit en conclusion de son épître aux Galates : «Pour moi, il n'y a pas d'autre titre de gloire que la croix de notre Seigneur Jésus Christ» (6.14). Dans l'hymne au Christ qui ouvre l'épître aux Colossiens, on peut lire : «II a plu à Dieu de faire habiter (en son Fils) toute la plénitude et de tout réconcilier par lui et pour lui, sur la terre et dans les cieux, ayant établi la paix par le sang de sa croix» (1,20; cf. 2,13-15). En ce sens, la croix du Christ peut être dite «glorieuse» : telle est la signification de la fête d'aujourd'hui.

       L'évangile de la fête joue sur le double sens du verbe «élever» : élever sur la croix et élever dans la gloire. La référence à Moïse et au serpent d'airain sert ici de parabole prophétique. Dans un autre passage du quatrième évangile, Jésus déclare ; «Quand j'aurai été élevé de terre, j'attirerai à moi tous les hommes», et l'évangéliste d'ajouter : «Par ces paroles, il indiquait de quelle mort il allait mourir» (12,32-33). En même temps qu'elle donne la mort. la crucifixion symbolise la victoire sur la mort. 

La «Croix glorieuse»

      Lorsque Jésus en fut chargé pour monter au calvaire, sa croix n'avait rien de glorieux, c'était l'instrument de supplice le plus avilissant. Paul, comme citoyen romain (Ac 22,25}, avait eu droit à la forme la plus élégante de mise à mort, l'épée. Mais Jésus n'était qu'un vulgaire condamné, livré a l'occupant romain. Ce fut la grande prouesse de Dieu, que de transformer cet odieux instrument de supplice en croix glorieuse, par la résurrection. Même la croix du bon larron devint glorieuse, car elle fut, elle aussi, porte d'entrée du paradis (Lc 23,43).

      Les croix des premières églises étaient glorieuses, comme celle que l'empereur Constantin aperçut dans sa vision. C'était une croix de lumière, signe de résurrection. Plus tard, lorsqu'on représenta le Christ en croix, c'était d'abord comme ressuscité, ou dans l'habit du grand prêtre (He 4,14-15).

      Au Moyen-Age, les misères des populations incitèrent à exprimer la solidarité de Jésus avec les souffrances humaines. De symbolique, l'image devint réaliste. Mais le temps est venu de représenter à nouveau le Christ ressuscité et glorieux sur les croix de nos églises.

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13 septembre 2020 7 13 /09 /septembre /2020 16:50
LA MESSE "VIRTUELLE" NE REMPLACE PAS LA PARTICIPATION PERSONNELLE À L'ÉGLISE
LA MESSE "VIRTUELLE" NE REMPLACE PAS LA PARTICIPATION PERSONNELLE À L'ÉGLISE
La messe “virtuelle” ne remplace pas la participation personnelle à l'église

 

     Dans une lettre adressée aux présidents des conférences épiscopales, le cardinal Robert Sarah, préfet de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements, affirme la nécessité de revenir à la normalité de la vie chrétienne, là où la situation sanitaire liée au coronavirus le permet: assister à la messe par le biais des médias n'est pas comparable à la participation physique à l'église, souligne-t-il.

 

     Il est urgent de revenir à la normalité de la vie chrétienne avec la présence physique à la messe, lorsque les circonstances le permettent: aucune retransmission n'est comparable à une participation personnelle ou ne peut la remplacer, explique en substance le cardinal Robert Sarah, Préfet de la Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements, dans une Lettre sur la célébration de la liturgie pendant et après la pandémie de Covid-19, intitulée “Revenons avec joie à l'Eucharistie !” Le texte, adressé aux présidents des conférences épiscopales de l'Église catholique, a été signé le 15 août dernier et approuvé par le Pape François le 3 septembre.

 

La dimension communautaire de la vie chrétienne

      «La pandémie due au nouveau coronavirus, écrit le cardinal Sarah, a provoqué des bouleversements non seulement dans les dynamiques sociales, familiales (…) mais aussi dans la vie de la communauté chrétienne, y compris dans la dimension liturgique». Le prélat rappelle que «la dimension communautaire a une signification théologique: Dieu est la relation des Personnes dans la Très Sainte Trinité» et «il se met en relation avec l'homme et la femme et les appelle à son tour à une relation avec Lui». Ainsi, «tandis que les païens construisaient des temples dédiés à la seule divinité, auxquels les gens n'avaient pas accès, les chrétiens, dès qu'ils jouirent de la liberté de culte, construisirent immédiatement des lieux qui seraient domus Dei et domus ecclesiæ, où les fidèles pourraient se reconnaître comme communauté de Dieu». C'est pourquoi «la maison du Seigneur suppose la présence de la famille des enfants de Dieu».

 

Collaboration de l'Église avec les autorités civiles

     «La communauté chrétienne, lit-on dans la lettre, n'a jamais recherché l'isolement et n'a jamais fait de l'église une ville à huis clos. Formés dans la valeur de la vie communautaire et dans la recherche du bien commun, les chrétiens ont toujours cherché l'insertion dans la société». «Et même dans l'urgence pandémique, un grand sens des responsabilités a émergé: à l'écoute et en collaboration avec les autorités civiles et avec les experts, les évêques et leurs conférences territoriales ont été prompts à prendre des décisions difficiles et douloureuses, jusqu'à la suspension prolongée de la participation des fidèles à la célébration de l’Eucharistie», tient à rappeler le préfet de la Congrégation pour le Culte divin.

 

Une urgence: revenir à la normalité de la vie chrétienne

     «Cependant, dès que les circonstances le permettent, souligne le cardinal Sarah, il est nécessaire et urgent de revenir à la normalité de la vie chrétienne, qui a le bâtiment de l'église pour foyer et la célébration de la liturgie, en particulier l'Eucharistie, comme “le sommet vers lequel tend l'action de l'Église et en même temps la source d'où émane toute sa force” (Sacrosanctum Concilium, 10). Conscients du fait que Dieu n'abandonne jamais l'humanité qu'il a créée, et que même les épreuves les plus dures peuvent porter des fruits de grâce, nous avons accepté l’éloignement de l'autel du Seigneur comme un temps de jeûne eucharistique, utile pour nous en faire redécouvrir l’importance vitale, la beauté et la préciosité incommensurable. Le plus tôt possible» avec «avec un désir accru de rencontrer le Seigneur, de demeurer avec lui, de le recevoir pour l'amener à nos frères avec le témoignage d'une vie pleine de foi, d’amour et d’espoir», assure le prélat.

 

Nécessité d'une participation personnelle à la messe

     Comme l’explique ensuite le cardinal Sarah, «bien que les médias rendent un service apprécié aux malades et à ceux qui ne peuvent pas aller à l'église, et ont fourni un grand service dans la transmission de la Sainte Messe au moment où il n'y avait aucune possibilité de célébrer d’une manière communautaire, aucune transmission équivaut à une participation personnelle ou peut la remplacer. En effet, ces transmissions, à elles seules, risquent de nous éloigner d'une rencontre personnelle et intime avec le Dieu incarné qui s'est donné à nous non pas de manière virtuelle, mais réellement, en disant: "Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi, je demeure en lui" (Jn 6, 56). Ce contact physique avec le Seigneur est vital, indispensable, irremplaçable. Une fois que les mesures concrètement réalisables ont été identifiées et adoptées pour minimiser la contagion du virus, il faut que tous reprennent leur place dans l'assemblée des frères», en encourageant ceux qui sont «découragés, effrayés, et depuis trop longtemps absents ou distraits».

 

Suggestions pour un retour à la célébration de l'Eucharistie

     La lettre suggère également «suggérer quelques lignes d'action pour promouvoir un retour rapide et sûr à la célébration de l'Eucharistie. Une attention particulière aux normes d'hygiène et de sécurité ne peut pas conduire à la stérilisation des gestes et des rites», met-on en garde. Par ailleurs, la Congrégation compte sur «l'action prudente mais ferme des évêques pour que la participation des fidèles à la célébration de l'Eucharistie ne soit pas déclassifiée par les autorités civiles comme un “rassemblement”, et ne soit pas considérée comme comparable ou même subordonnée à formes d'agrégation récréative. Les normes liturgiques ne sont pas une matière sur laquelle les autorités civiles peuvent légiférer, seules peuvent le faire les autorités ecclésiastiques compétentes (cf. Sacrosanctum Concilium, 22)».   

 

Respect des normes liturgiques

     Le cardinal Sarah exhorte à «faciliter la participation des fidèles aux célébrations», «mais sans expériences rituelles improvisées et dans le plein respect des normes contenues dans les livres liturgiques qui régissent leur déroulement», et en reconnaissant «aux fidèles le droit de recevoir le Corps du Christ et d'adorer le Seigneur présent dans l'Eucharistie de la manière prévue, sans limitations allant même au-delà de ce qui est prévu par les règles d'hygiène édictées par les autorités publiques ou par les évêques».

 

Un principe sûr: l'obéissance aux évêques

     Sur ce point, le cardinal donne une indication précise: «L'obéissance est un principe sûr pour ne pas commettre d'erreur. Obéissance aux normes de l'Église, obéissance aux évêques. En période de difficulté (par exemple on pense aux guerres, aux pandémies), les évêques et les conférences épiscopales peuvent donner des règlements provisoires auxquels il faut se conformer. L'obéissance sauvegarde le trésor confié à l'Église. Ces mesures dictées par les évêques et les conférences épiscopales expirent lorsque la situation revient à la normalité». [Note du Blog : se conformer aux consignes OBLIGATOIRES, toujours en vigueur, édictées par l'évêque d'Agen et rappelées par le prêtre lors des célébrations. (cf. Affiche et Consignes ci-dessous)]

 

Santé publique et salut éternel

     L'Église, conclut le préfet de la Congrégation pour le Culte divin et la Discipline des Sacrements, protège la personne humaine «dans sa totalité», et «à la préoccupation nécessaire pour la santé publique », elle «unit l'annonce et l'accompagnement des âmes vers le salut éternel des âmes».

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12 septembre 2020 6 12 /09 /septembre /2020 20:49

(1) et par extension, à tous les soignants.

LE PAPE RAPPELLE À DES MÉDECINS (1) L'IMPORTANCE DE LA RELATION HUMAINE DANS LES SOINS
LE PAPE RAPPELLE À DES MÉDECINS (1) L'IMPORTANCE DE LA RELATION HUMAINE DANS LES SOINS

Adélaïde Patrignani – Cité du Vatican - 11 septembre 2020

 

      Dans la vaste salle Paul VI, le Saint-Père a rencontré ce matin pour une audience environ 300 participants au congrès annuel de la "International Gynecologic Cancer Society". À ces personnes, principalement des gynécologues-oncologues, le Pape a rappelé l’importance d’offrir un «soin intégral» aux patientes, et de lutter contre une approche purement économique du monde de la santé.

      Ne pas négliger la relation humaine avec les malades, c’est en substance la demande formulée par le Saint-Père aux membres de la “Société Internationale de Gynécologie oncologique” venus au Vatican ce 11 septembre. «Il est indispensable de prendre soin, avec grande sensibilité et respect, de la condition – psychologique, relationnelle, spirituelle – de chaque patiente», leur a-t-il rappelé au début de son discours.

Ce «soin intégral» est essentiel, «y compris dans les cas où le traitement est essentiellement palliatif». «C’est vraiment la proximité de l’amour qui ouvre les portes à l’espérance. Et aussi à la guérison», a ajouté le Pape.

Mettre l’économie à sa juste place

     «La personne malade est toujours plus – beaucoup plus ! - qu’un protocole à l’intérieur duquel on la place d’un point de vue clinique», a estimé François, et en ce sens «la relation, la rencontre avec le personnel soignant, fait partie des soins». Le Souverain Pontife a regretté que cette dimension humaine du suivi des patients soit souvent laissée «à la “bonne volonté” du seul médecin, au lieu de la considérer comme une partie intégrante du soin offert par les structures sanitaires».

     Puis cette mise en garde du Pape vis-à-vis de la place toujours plus prépondérante de l’économie dans le monde de la santé «au point d’en pénaliser des aspects essentiels, tels que la relation avec les malades». Il s’agit de trouver un équilibre entre de nécessaires exigences économiques et d’autres facteurs, en mettant toutefois «à la première place» les personnes, malades et soignants, afin que ces derniers puissent «travailler dans des conditions adéquates» et «prendre un temps de repos» pour refaire leur forces.  

Confiance et proximité

     Les malades, a poursuivi le Saint-Père, «nous rappellent des aspects de la vie que nous oublions parfois, comme la précarité de notre existence, le besoin l’un de l'autre, l'absurdité d'une vie centrée uniquement sur nous-mêmes, la réalité de la mort comme faisant partie de la vie elle-même». «La condition de la maladie rappelle cette attitude décisive pour l'être humain qu’est le fait de se confier: se confier à l'autre frère et sœur, et à l'Autre avec une majuscule qui est notre Père céleste», a-t-il ajouté. «Elle rappelle également la valeur de la proximité, du fait de devenir proche, comme nous l'enseigne Jésus dans la parabole du bon samaritain. Combien, combien une caresse guérit-elle dans le moment opportun !»

 

Le Pape a conclu en invoquant sur ses hôtes la bénédiction de Dieu, «source d’espérance, de force et de paix intérieure». 

 

 

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