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28 février 2022 1 28 /02 /février /2022 13:26
 
Pope Francis Audience

Antoine Mekary | ALETEIA

Camille Dalmas

Le pape François a mobilisé toutes ses forces, depuis le 23 février, pour tenter de surpasser le sentiment d’impuissance et de fatalité qui a frappé le monde depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine.

 

      Lors de l’audience générale du 23 février, le pape François avait exprimé toute son inquiétude et sa souffrance face à l’escalade soudaine des tensions entre l’Ukraine et la Russie. Il avait décrété une journée de jeûne et de prière pour la paix entre leurs pays le 2 mars, jour des Cendres et début du Carême dans le calendrier catholique.

Maintenir la porte diplomatique ouverte

        Pris au dépourvu, comme beaucoup, par le déclenchement par Moscou d’une offensive en Ukraine dans la matinée du 24 février, le Pape avait laissé son bras droit, le cardinal Pietro Parolin, signifier que le Vatican voulait que soit maintenue ouverte la porte diplomatique. « Les scénarios tragiques que tout le monde craignait deviennent malheureusement réalité », considérait le secrétaire d’État du Saint-Siège dans une vidéo, incitant les deux adversaires à négocier et rappelant les mots prononcés par François la veille. Celui-ci avait enjoint les parties impliquées à « s’abstenir de toute action qui cause encore plus de souffrance aux populations […], déstabilise la coexistence pacifique [et] discrédite le droit international ».

 

      Le lendemain, après une première nuit entière de bombardements en Ukraine, le pape François avait surpris tout le monde en se rendant – en dépit du protocole diplomatique à l’ambassade de Russie près le Saint Siège pour « manifester sa préoccupation ». Ce déplacement était d’autant plus fort symboliquement que le Bureau de presse du Saint-Siège avait annoncé le même jour que le pape François ne pourrait se rendre à Florence deux jours plus tard à un événement prévu de longue date en raison de vives douleurs au genou

Des gestes symboliques forts

       Dans l’après-midi, les comptes Twitter de François diffusaient un extrait de son encyclique Fratelli tutti : « Toute guerre laisse le monde pire que dans l’état où elle l’a trouvé. La guerre est toujours un échec de la politique et de l’humanité, une capitulation honteuse, une déroute devant les forces du mal ». Un texte volontairement traduit en ukrainien et en en russe.

 

       Toujours sans prononcer un mot, le pontife continuait à agir, téléphonant à l’archevêque majeur de l’Église gréco-catholique ukrainienne, Sa Béatitude Sviatoslav Shevchuk. Le Pape, rapportait ce dernier, lui aurait déclaré  qu’il ferait « tout ce qui est en [son] pouvoir » pour mettre fin à cette crise. Et l’aurait assuré de ses prières.

 

      Le lendemain, 26 février, c’est au président de l’Ukraine Volodymyr Zelensky que téléphonait le pape François. Il lui aurait partagé, selon l’ambassade d’Ukraine près le Saint-Siège « sa profonde tristesse pour les événements tragiques qui se déroulent » dans son pays. Un geste accueilli avec gratitude par le leader ukrainien.

Faisons taire les armes !

       Finalement, François a finalement pris la parole publiquement dimanche lors de la prière de l’Angelus, prononcée avec émotion ce dimanche 27 février depuis la fenêtre du Palais apostolique. « Faisons taire les armes ! », s’est-il écrié, condamnant ceux qui se fient à « la logique diabolique et perverse des armes, […] la plus éloignée de la volonté de Dieu ».

     Disant son inquiétude quant au sort des civils, il a lancé un appel à ouvrir des corridors humanitaires pour ces derniers. Ces gens ordinaires, s’est-il indigné, sont « les vraies victimes » et portent « sur leurs dos les folies de la guerre ». Il a rappelé son appel, lancé le 23 février dernier, à une journée de jeûne et de prière pour la paix en Ukraine le 2 mars. Ce sera « une journée pour être plus proche de toutes ces personnes qui souffrent », a-t-il expliqué. 

Les mots du Pape en ukrainien

      Devant la foule rassemblée place Saint-Pierre, où des drapeaux ukrainiens étaient brandis par plusieurs fidèles, il a enfin respecté un bref moment de silence. Remarquant quelques instants après la présence des drapeaux jaune et bleu, le pontife s’est alors exclamé : « Gloire à Jésus-Christ » en ukrainien.

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26 février 2022 6 26 /02 /février /2022 07:54
LE PAPE CONFIE AUX PRÊTRES SA VISION DE LA VIE SACERDOTALE
LE PAPE CONFIE AUX PRÊTRES SA VISION DE LA VIE SACERDOTALE

     Proximité avec Dieu, proximité avec l’évêque, proximité au sein du presbyterium, proximité avec le Peuple de Dieu : tels sont les quatre «points de repère» indispensables de la vie du prêtre, a rappelé le Saint-Père dans une longue et dense prise de parole à l’occasion du Symposium sur le sacerdoce, qui s’ouvre ce 17 février à Rome.

 

Adélaïde Patrignani – Cité du Vatican

 

«Je ne sais pas si ces réflexions sont le “chant du cygne” de ma vie sacerdotale, mais je peux vous assurer qu'elles proviennent de mon expérience», a d'emblée confié le Pape, assis aux côtés du cardinal Marc Ouellet, préfet de la Congrégation pour les évêques et organisateur de ce Symposium sur le sacerdoce. «Chant du cygne»: une formule rare de la part de François, pour qualifier une solide réflexion aux accents personnels. Il y propose non pas une théorie sur le sacerdoce, mais une «“petite synthèse” afin que le prêtre d'aujourd'hui, quel que soit le moment qu'il est en train de vivre, puisse connaître la paix et la fécondité que l'Esprit veut lui donner».

 

La crise des vocations commence dans les paroisses

Le Symposium, qui s’ouvre ce 17 février au Vatican, se déroule dans un contexte de «changement d’époque», rappelle le Pape, et face à cela, deux attitudes sont à éviter: «la recherche de formes codifiées, très souvent ancrées dans le passé», autrement dit un conservatisme rigide, ou au contraire un «optimisme exagéré», incapable de tenir compte de la complexité du présent et de la sagesse du passé.

 

     Le Successeur de Pierre invite plutôt à une «prise en charge confiante de la réalité, ancrée dans la sage, vivante et vivifiante Tradition de l'Église qui nous permet de prendre le large sans peur». Et surtout à des actions et à un changement qui aient «la saveur de l'Évangile». 

 

      Le sacerdoce traverse également une crise vocationnelle, a reconnu François. cette dernière est souvent due «à l'absence dans les communautés d'une ferveur apostolique contagieuse lesquelles, en conséquence, n'inspirent pas l'enthousiasme et ne sont pas attrayantes», étant aussi souvent prisonnières du «fonctionnalisme»«D’authentiques vocations naissent là où il y a de la vie, de la ferveur et un désir d'apporter le Christ aux autres. Même dans les paroisses où les prêtres ne sont pas très engagés ni joyeux, c'est la vie fraternelle et fervente de la communauté qui suscite le désir de rencontrer entièrement Dieu, et l'évangélisation, surtout si cette communauté vivante prie avec insistance pour les vocations et a le courage de proposer un chemin de consécration spécifique à ses jeunes», a analysé le Saint-Père.

 

     La vocation est aussi étroitement liée à la grâce baptismale, a rappelé François. Ainsi donc, «chacun, en regardant sa propre humanité, sa propre histoire, son propre caractère, ne doit pas se demander si un choix de vocation convient ou non, mais si, en conscience, cette vocation révèle en lui ce potentiel d'Amour qu’il a reçu le jour du Baptême». Un prêtre peut oublier son baptême, c'est-à-dire la mémoire que notre premier appel est celui à la sainteté. Alors le sacerdoce ministériel verse dans le fonctionnalisme, a prévenu François.  

 

Sans prière, une vie stérile

     Après cette introduction, le Souverain pontife a souhaité «partager les attitudes qui donnent de la solidité à la personne du prêtre, les quatre piliers constitutifs de notre vie sacerdotale, que nous appellerons les “quatre proximités” parce qu'elles suivent le style de Dieu, qui est fondamentalement un style de proximité».

 

     Face aux participants rassemblés en salle Paul VI, François a d’abord évoqué la proximité avec Dieu. Une relation essentielle dans laquelle le prêtre puise «toute la force nécessaire à son ministère. La relation avec Dieu est, pour ainsi dire, la greffe qui nous maintient dans un lien de fécondité. Sans une relation sérieuse avec le Seigneur, notre ministère devient stérile», a averti le Pape.

 

    Maintenir cette proximité s’apparente souvent à combat, mais sans cet effort, les prêtres courent de grands risques. «De nombreuses crises sacerdotales ont pour origine une vie de prière pauvre, un manque d'intimité avec le Seigneur, une réduction de la vie spirituelle à une simple pratique religieuse», a mis en garde le Saint-Père, confiant combien la prière et les sacrements l’avaient lui-même profondément soutenu dans les périodes difficiles.

 

     «Mais tout cela est difficile si l'on ne s'est pas habitué à avoir des espaces de silence dans la journée ; si l'on ne sait pas mettre de côté le “faire” de Marthe pour apprendre le “demeurer” de Marie», a-t-il précisé, demandant aux prêtres de renoncer à l’activisme et de cultiver l'intimité avec le Seigneur. Ce qui ne veut pas dire fuir la réalité. Comme l’a assuré le Souverain pontife, «dans sa proximité avec Dieu, le prêtre renforce sa proximité avec son peuple. Et inversement, dans sa proximité avec son peuple, il expérimente aussi la proximité avec son Seigneur».

 

L’obéissance à l’évêque, un art de l’écoute

 

     La deuxième proximité mentionnée par François est celle du prêtre avec son évêque, l’amenant à aborder la notion d’obéissance. «L'obéissance n'est pas un attribut disciplinaire mais la caractéristique la plus profonde des liens qui nous unissent dans la communion. Obéir signifie apprendre à écouter et se rappeler que personne ne peut se dire détenteur de la volonté de Dieu. Celle-ci ne peut être comprise que par le discernement. L'obéissance est donc l'écoute de la volonté de Dieu, discernée précisément dans une relation», a expliqué le Pape. Mais «l'évêque lui-même ne peut être un instrument de ce discernement que s'il est lui aussi à l'écoute de la réalité de ses prêtres et du peuple saint de Dieu qui lui est confié». L'évêque doit se révéler un «père» et non un «surveillant d'école». 

 

    Le Saint-Père a invité prêtres et évêques à prier les uns pour les autres, et à prendre soin du lien qui les unit, malgré d’inévitables confrontations. «Ce n'est pas un hasard si le mal, pour détruire la fécondité de l'action de l'Église, cherche à saper les liens qui nous constituent. Défendre les liens du prêtre avec l'Église particulière, avec l'institut auquel il appartient et avec l'évêque, rend la vie sacerdotale solide», a-t-il assuré.

 

Un «don que l'Église latine conserve»: le célibat des prêtres

 

     La troisième proximité concerne les prêtres entre eux. Elle revêt la forme d’une fraternité sacerdotale. Et le Pape de proposer l’hymne à la charité de saint Paul (1Cor 13) comme modèle des relations au sein du presbyterium. Un amour qui ne connaît pas l’envie - «comportement destructeur», ni la vantardise, ni les mensonges ou les bavardages. 

 

«Il ne faudrait cependant pas croire que l'amour fraternel serait une utopie, ou encore un “lieu commun” pour susciter de beaux sentiments ou des paroles de circonstance dans un discours lénifiant», a estimé l’évêque de Rome. Elle est la manière de chercher à être saint avec d'autres compagnons de route. 

 

     Cette troisième proximité a aussi permis à François de parler du célibat. Là où «la fraternité sacerdotale est mise en pratique, et là où il y a des liens d’amitié véritable, il est possible aussi de vivre avec plus de sérénité le choix du célibat», a-t-il déclaré. Le célibat est «un don que l’Église latine conserve, a souligné le Saint-Père, mais il est un don qui, pour être vécu comme sanctification, nécessite des relations saines, des rapports d’estime véritable qui trouvent leurs racines dans le Christ. Sans amis et sans prière, le célibat peut devenir un poids insupportable et un contre-témoignage à la beauté même du sacerdoce», a-t-il averti.

 

Le cléricalisme ou le danger de l’éloignement

 

     Enfin, le quatrième pilier des proximités proposées par le Saint-Père est celui de la proximité avec le Peuple de Dieu. Ce n’est pas un «devoir, mais une grâce». «Je suis convaincu que, pour comprendre à nouveau l’identité du sacerdoce, il est aujourd’hui important de vivre en rapport étroit avec la vie réelle des gens, à côté d’elle, sans la fuir d’aucune manière», a confié François en conseillant la (re)lecture de Lumen Gentium. Plus qu’ailleurs, il s’agit pour le prêtre d’adopter «le style du Seigneur», un «style de proximité, de compassion et de tendresse, qui donne de marcher non pas comme un juge mais comme le Bon Samaritain reconnaissant les blessures de son peuple».

 

     Les prêtres ne sont pas «des “clercs d’état” ou des “professionnels du sacré”», mais «des pasteurs», sachant «faire preuve de compassion, de pertinence» ; des hommes à la fois «courageux» et «contemplatifs», a insisté l'évêque de Rome. 

 

Cette proximité permet de développer un sens d’appartenance au sein de la communauté – paroissiale par exemple. Un point essentiel, car «si le pasteur s’égare, s’éloigne, les brebis se dispersent et sont à la merci du premier loup venu».

 

     Cette appartenance constitue aussi un rempart contre le cléricalisme, causé par «l’oubli du fait que la vie sacerdotale est destinée aux autres ; au Seigneur et aux personnes qu’il a confiées». «Le cléricalisme est une perversion parce qu’il se forme sur des “éloignements”. (...) Quand je pense au cléricalisme, je pense aussi à la cléricalisation du laïcat : cette promotion d’une petite élite qui, autour du prêtre, finit aussi par dénaturer sa mission fondamentale», a une nouvelle fois dénoncé le Pape.

 

Comment vont mes proximités ?

 

     En jésuite, François a terminé son discours en invitant prêtres et évêques à un exercice de discernement : se demander régulièrement «“comment vont mes proximités”, comment suis-je en train de vivre ces quatre dimensions qui configurent mon être sacerdotal de manière transversale et qui me permettent de gérer les tensions et les déséquilibres auxquels je suis confronté chaque jour».

 

    Après ce discours en forme de manuel pratique pour la vie sacerdotale, le Successeur de Pierre a évoqué Celui qui en met à part quelques-uns pour les envoyer au milieu de son peuple. «Devant la tentation de nous enfermer dans des discours et des discussions interminables sur la théologie du sacerdoce ou sur les théories de ce qu’il devrait être, le Seigneur regarde avec tendresse et compassion et offre aux prêtres les repères à partir desquels ils peuvent reconnaître et maintenir vivante l’ardeur pour la mission : proximité (...), proximité avec Dieu, avec l’évêque, avec les frères prêtres et avec le peuple qui leur a été confié. Proximité avec le style de Dieu, qui est proche, avec compassion et tendresse», a résumé François en guise de conclusion.

 

 

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25 février 2022 5 25 /02 /février /2022 21:31

 

« Prier pour les ukrainiens et pour le retour de la paix en Ukraine »

Déclaration de Mgr Éric de Moulins-Beaufort, archevêque de Reims

et président de la Conférence des évêques de France

Soutien et prière pour l’Ukraine.

 

La décision du Président de la Fédération de Russie d’intervenir militairement en Ukraine enclenche un processus de guerre qui suscite en nous une immense inquiétude. La Fédération de Russie, quoi qu’il en soit de ses raisons, brise unilatéralement un processus de paix engagé depuis des années et viole le droit international ; les ukrainiens défendent leur pays, avec ce qu’il représente d’histoire et culture, de marche dans la dignité vers la liberté. Les Européens savent que la guerre n’est jamais une solution. Ils savent aussi qu’il ne peut y avoir de paix sans justice ; de nos jours, la justice passe par le respect du droit international.

 

À la suite du pape François et en union avec les évêques de France, j’appelle les catholiques de France à prier pour les ukrainiens et pour le retour de la paix en Ukraine, pour toutes les victimes de la violence aveugle que porte la guerre. Prions aussi pour le peuple russe tout entier, dans sa diversité. Dans notre prière, n’oublions pas les soldats, les familles qui seront endeuillées, les personnes qui seront blessées. N’oublions pas non plus les populations civiles et, parmi elles, les plus fragiles et les pauvres qui sont trop souvent les premières victimes des conflits. La responsabilité des dirigeants qui décident la guerre est immense à leur égard.

 

Les catholiques prieront en particulier comme l’a suggéré le Pape lors du mercredi des cendres, le 2 mars prochain. Ce jour-là, les chrétiens entrent en carême et sont invités à prier davantage et à jeûner. Nous offrirons cela pour la paix et la justice, en communion avec tous ceux qui en Ukraine et en Russie aspirent à la paix, à la vérité et à la justice.

 

Que le Seigneur éclaire les gouvernants, convertisse les cœurs qui doivent l’être et soutienne tous ceux qui se mobiliseront pour restaurer la paix, le dialogue et la concorde entre les peuples.  Qu’il inspire aux évêques des différentes confessions les paroles et les gestes qui réconforteront et qui serviront le véritable esprit de paix.

 

+ Éric de Moulins-Beaufort

Archevêque de Reims

Président de la Conférence des évêques de France

 
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24 février 2022 4 24 /02 /février /2022 20:14
Audience générale, 23 fév. 2022 © capture de Zenit / ASB / Vatican Media

Audience générale, 23 fév. 2022 © capture de Zenit / ASB / Vatican Media

 

Ukraine: le pape François déclare le 2 mars Journée de jeûne pour la paix

Appel à un examen de conscience des responsables politiques

 

        Le pape François a exprimé sa « grande douleur » et à invité à une journée de jeûne et de prière mercredi 2 mars, lors d’un appel pour la paix en Ukraine, au terme de l’audienc egénérale du mercredi, ce 23 février 2022, dans la Salle Paul VI du Vatican.

S’exprimant en italien, le pape a dit la « douleur » qu’il éprouvait « dans le coeur » devant « des scénarios de plus en plus alarmants »: « la paix de tous est menacée par des intérêts partisans », a-t-il déploré.

« J’ai une grande douleur dans mon coeur pour l’aggravation de la situation en Ukraine, a dit le pape. En dépit des efforts diplomatiques de ces dernières semaines, des scénarios toujours plus alarmants s’ouvrent. Comme moi, de nombreuses personnes, dans le monde entier, éprouvent angoisse et préoccupation. Encore une fois, la paix de tous est menacée par des intérêts partisans. »

Il a invité les responsables politiques à un « examen de conscience devant Dieu qui est le Dieu de la paix et pas de la guerre » qui « nous veut frères et pas ennemis » et il leur a demandé de « s’abstenir de tout » ce qui pourrait aggraver la situation.

« Je voudrais en appeler à ceux qui ont des responsabilités politiques pour qu’ils fassent un examen de conscience sérieux devant Dieu, qui est le Dieu de la paix et non de la guerre, a insisté le pape. Qui est le Père de tous et pas seulement de quelqu’un. Qui nous veut frères et pas ennemis. Je prie toutes les parties impliquées de s’abstenir de toute action qui provoquerait encore plus de souffrance des populations, en déstabilisant la coexistence entre les nations et en discréditant le droit international. »

Le pape François a aussi invité tous les « croyants et non-croyants » à une journée de prière et de « jeûne pour la  paix » mercredi prochain, 2 mars 2022, mercredi des Cendres, jour de l’entrée en carême: « Et maintenant je voudrais en appeler à tous, croyants et non-croyants. Jésus nous a enseigné qu’à l’absurdité diabolique de la violence, on répond par les armes de Dieu, par la prière et par le jeûne. J’invite tout le monde à faire, le 2 mars prochain, Mercredi des Cendres, une journée de jeûne pour la paix. J’encourage spécialement les croyants pour que ce jour-là ils se consacrent intensément à la prière et au jeûne. Que la Reine de la paix préserve le monde de la folie de la guerre. »

Le pape François a ensuite repris cet appel dans un tweet posté sur son compte @Pontifex_fr: « J’invite tout le monde à faire du 2 mars prochain, mercredi des Cendres, une journée de jeûne pour la #paix : les croyants doivent se consacrer intensément à la prière et au jeûne. Que la Reine de la Paix préserve le monde de la folie de la guerre. »

 

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22 février 2022 2 22 /02 /février /2022 20:06
 
Le Pape s’attriste que des peuples « fiers d’être chrétiens » songent à se faire la guerre
 
POPE-FRANCIS-ANGELUS

Antoine Mekary

 

"Comme il est triste que des peuples fiers d’être chrétiens voient les autres comme des ennemis et pensent à se faire la guerre", a déclaré le pape François lors de sa catéchèse prononcée à l’occasion de l’angélus dominical, le 20 février 2022. Le pontife n’a fait aucune référence explicite aux tensions entre l’Ukraine et la Russie – deux pays aux populations majoritairement chrétiennes -, ni dans sa catéchèse, ni dans ses appels.

 

        Dans son enseignement prononcé depuis la fenêtre du Palais apostolique, le pape François s’est d’abord interrogé sur la capacité d’une personne à aimer ses ennemis, comme le Christ l’enseigne dans les Évangiles. « Si cela ne dépendait que de nous, ce serait impossible », a-t-il prévenu. Mais le chef de l’Église catholique a assuré que Dieu était « heureux » de donner le « pouvoir d’aimer ». Ce pouvoir n’est pas une chose, « mais l’Esprit saint », a-t-il insisté. « Avec l’Esprit de Jésus, nous pouvons répondre au mal par le bien, nous pouvons aimer ceux qui nous font du mal. C’est ce que font les chrétiens », s’est-il réjoui, avant de déplorer le fait que des peuples « fiers d’être chrétiens » pensent à se faire la guerre.

Contrairement aux semaines précédentes, le pape François n’a pas fait mention de la situation à l’Est de l’Europe, alors que les risques d’une guerre entre la Russie et l’Ukraine n’ont jamais été aussi importants. Lors de l’angélus du 23 janvier, le pape avait lancé un appel solennel à la paix en Ukraine et en Europe. Il avait déclaré le mercredi 26 janvier “Jour de prière pour la paix”.

 
« Tendre l’autre joue n’est pas le repli du perdant »

       Dans sa catéchèse, le pape François a aussi commenté l’appel de Jésus à « tendre l’autre joue » lorsqu’un ennemi nous frappe. Reprenant l’exemple de Jésus qui, lors de son procès, a reçu une gifle d’un garde, le Pape a souligné que le Christ avait alors répondu : « Si j’ai dit du mal, montre-moi où est le mal. Mais si j’ai bien parlé, pourquoi me frappez-vous ? ». En clair, « Jésus dénonce ce qui est injuste. Mais il le fait sans colère ni violence » afin d’étouffer « la haine et l’injustice, en essayant de récupérer le frère coupable ».

Dès lors, « la douceur de Jésus est une réponse plus forte que les coups qu’il a reçus », a confié le pontife. « Tendre l’autre joue n’est pas le repli du perdant, mais l’action de celui qui a une plus grande force intérieure » et qui n’est « pas dictée par le calcul, mais par l’amour ». Le Pape a finalement invité chacun à ne pas garder de rancœur et à prier pour une personne qui lui a fait du mal.

 

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18 février 2022 5 18 /02 /février /2022 07:50
Les incohérences de l’Église « sont en réalité nos incohérences », affirme le Pape
POPE FRANCIS AUDIENCE PAUL VI HALL

Antoine Mekary | ALETEIA

 

 

        Le pape François a encouragé les fidèles, lors de l’audience générale du 16 février 2022, à aimer l’Église, avec ses limites mais aussi sa "sainteté".

        Les incohérences de l’Église « sont en réalité nos incohérences », a affirmé le pape François lors de l’audience générale du 16 février 2022, dans la Salle Paul VI du Vatican. Il a encouragé les fidèles à aimer l’Église, avec ses limites mais aussi sa « sainteté ».

Dans cette douzième et dernière catéchèse sur saint Joseph, le Pape a médité sur son titre de « patron de l’Église » et sur sa mission de « gardien » de Jésus et Marie. Cette mission est celle de tout chrétien, a-t-il souligné : « Protéger la vie, la sienne, celle des autres et celle de l’Église ».

 

L’Église c’est nous tous.

       Improvisant quelques paroles, le chef de l’Église catholique a exhorté les fidèles à « protéger le développement humain, protéger l’esprit humain, protéger le cœur humain, protéger le travail humain ». Et d’inviter à se remettre en question : « Moi, quand j’ai un problème avec quelqu’un, est-ce que je cherche à le protéger ou est-ce que je le condamne tout de suite, je lui tire dessus et je le détruis ? »

À une époque où il est « commun » de critiquer l’Église, le Pape a fait observer que ses nombreuses incohérences et ses péchés « sont en réalité nos incohérences, nos péchés ». Car l’Église, a-t-il insisté, « ce n’est pas le petit groupe proche du prêtre qui commande tout, non, l’Église c’est nous tous ».

 
Se laisser guider par saint Joseph
 

     « Demandons-nous si, du fond du cœur, nous aimons l’Église », a encore invité l’évêque de Rome. Si le chrétien doit pouvoir « dire ce qui ne va pas », il doit aussi « reconnaître tout le bien et la sainteté qui sont présents en elle ». L’Église a « de nombreuses limites » mais aussi « une grande volonté de servir et d’aimer Dieu », a estimé le Pape.

François a exhorté à prier saint Joseph lorsque « nos erreurs deviennent un scandale », là où « la persécution empêche l’annonce de l’Évangile », là où « les moyens matériels et humains sont rares ». Il a conclu par cette prière lue avec les participants à l’audience : 

Salut, gardien du Rédempteur, 
époux de la Vierge Marie. 
À toi Dieu a confié son Fils ; 
en toi Marie a remis sa confiance ; 
avec toi le Christ est devenu homme. 
Ô bienheureux Joseph, montre-toi aussi un père pour nous, 
et conduis-nous sur le chemin de la vie. 
Obtiens-nous grâce, miséricorde et courage, 
et défends-nous de tout mal. Amen. 

      Par cette douzième méditation sur la figure de saint Joseph, le pape a achevé son cycle de catéchèses initié le le 17 novembre dernier. Ces catéchèses, a-t-il expliqué, complètent la lettre apostolique Patris corde, publiée le 8 décembre 2020 pour le 150e anniversaire de la déclaration de saint Joseph comme « Patron de l’Église catholique » par le bienheureux Pie IX. À cette occasion, le pape François avait dédié une année à saint Joseph, qui s’est conclue le 8 décembre 2021.

 

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16 février 2022 3 16 /02 /février /2022 09:03
 
LE PAPE ANNONCE LE JUBILÉ DE 2025, SIGNE DE RENAISSANCE APRÈS LA PANDÉMIE
LE PAPE ANNONCE LE JUBILÉ DE 2025, SIGNE DE RENAISSANCE APRÈS LA PANDÉMIE

Source : news.va

 

    Après deux années marquées par la souffrance, la peur ou les restrictions de liberté dues au virus, un premier remède a été trouvé, et le Pape estime que «l’épidémie pourra être surmontée».
Dans une lettre adressée au président du Conseil pontifical pour la Promotion de la Nouvelle Évangélisation, il souligne que le prochain jubilé favorisera grandement la recomposition d’un climat d’espérance et de confiance.

 

    Le Pape annonce la tenue du Jubilé de 2025. Dans une lettre adressée au Conseil Pontifical pour la Promotion de la Nouvelle évangélisation -l’organisateur de cette future Année Sainte- le Pape François appelle à mettre en œuvre une préparation qui permettra au peuple chrétien de vivre pleinement l’événement, dans toute sa force pastorale.

 

    Après deux ans de pandémie, le Souverain Pontife espère que ce moment de grande importance spirituelle, ecclésiale et sociale, favorisera «la recomposition d’un climat d’espérance et de confiance».

 

   Ces deux dernières années, il n’y a pas eu un seul pays qui n’ait été bouleversé par «l’épidémie soudaine qui, en plus d’avoir touché du doigt le drame de la mort dans la solitude, l’incertitude le caractère provisoire de l’existence, a modifié notre mode de vie».

 

    Comme les écoles ou les usines, les églises ont été fermées. Comme leurs frères et sœurs, les chrétiens ont éprouvé la souffrance, la peur ou les restrictions de liberté.

 

 

Conjuguer la dimension spirituelle du Jubilé avec la vie sociale

 

    Mais aujourd’hui, un premier remède a été trouvé et «nous avons pleinement confiance», écrit François. «L’épidémie pourra être surmontée», et cela sera «plus facilement réalisable» si les populations les plus pauvres ne sont pas «négligées» et que les découvertes scientifiques sont partagées.

 

    François souhaite que le Jubilé annoncé soit le signe d’une «renaissance renouvelée dont nous ressentons tous l’urgence», écrit-il. D’où le thème choisi pour l’année sainte: «Pèlerins d’espérance». L’espérance, une flamme donnée aux chrétiens et qu’ils doivent garder allumée «pour que chacun retrouve la force et la certitude de regarder l’avenir avec un esprit ouvert, un cœur confiant et une intelligence clairvoyante».

 

    Mais, prévient François, tout cela ne sera possible que si nous sommes capables de retrouver le sens de la fraternité, notamment envers les migrants et les pauvres. Le Pape espère que leur voix sera entendue en ce temps de préparation du Jubilé.

 

    Pour lui, «la dimension spirituelle du Jubilé, qui invite à la confession, doit être conjuguée avec les aspects fondamentaux de la vie sociale». François se félicite d’ailleurs que des jeunes voient dans la protection de la Création «une expression essentielle de la foi en Dieu et de l’obéissance à sa volonté».

 

 

«Une grande symphonie de prière»

 

    Le Saint-Père espère que le dicastère organisateur de cette Année Sainte, qui se tiendra 725 ans après celle instituée par Boniface VIII en 1300, saura faire de ce «moment de grâce» une étape significative pour la pastorale des Églises particulières, latines et orientales, qui, au cours de ces années, sont «appelées à intensifier leur engagement synodal». Il souhaite que partout l’événement puisse être préparé et célébré avec «une foi intense, une vive espérance et une charité active.»

 

    Enfin, avant la publication, selon la coutume, d’une Bulle d’indication qui contiendra les informations nécessaires à la célébration, le Pape rêve d’une «grande symphonie de prière» en 2024, pour remercier Dieu et lui ouvrir son cœur. Que le «Notre Père» soit pendant ce temps de préparation, «le programme de vie» de chacun des disciples du Christ.

 

 

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13 février 2022 7 13 /02 /février /2022 08:11

 

"J'étais malade et vous m'avez visité"

 

      Ce vendredi 11 février, fête de Notre-Dame de Lourdes, est la Journée mondiale des Malades. Et ce WE, l’Église nous propose de vivre le « Dimanche de la santé » (13 février).

 

      Pour toutes ces occasions, nous sommes appelés à porter notre regard et notre prière sur le monde de la santé et sur tout ce qui se vit pour prendre soin des personnes malades, âgées ou handicapées, des soignants, des aidants… Nous sommes invités à réfléchir sur les paroles du pape François : « Je voudrais rappeler qu’être proche des malades et leur offrir un accompagnement pastoral n’est pas seulement la tâche réservée à quelques ministres spécifiquement dévoués à cela. Visiter les malades est une invitation que le Christ adresse à tous ses disciples. Combien de malades et de personnes âgées vivent chez eux et attendent une visite ! Le ministère de la consolation est un devoir de tout baptisé, en se souvenant de la parole de Jésus : « J’étais malade et vous m’avez visité » (Mt 25, 36). »

 

       Cette année, le thème proposé par le Service national de la pastorale de la santé est « Heureux », en lien avec la Parole de Dieu, proposée dans la liturgie du jour et le texte des Béatitudes (Mt 5, 3-12).

 

Être « Heureux », cette affirmation peut nous sembler paradoxale quand nous sommes proches des personnes vulnérables ou souffrantes, et tout particulièrement en cette période de pandémie. Elle se révèle pourtant riche spirituellement : le Christ, mort et ressuscité, nous appelle à nous lever de nos tombeaux et nous fait partager Sa joie qu’il nous donne en plénitude !

 

       ► Si vous êtes malade, seul ou isolé, si vous (ou des personnes qui vous sont chères) ne pouvez vous déplacer ou souhaitez être visité, l’Église, par l’intermédiaire de visiteurs envoyés en mission, peut venir à vous grâce au Service Évangélique des malades, le SEM. Sollicitez la paroisse !

 

 

Prière

Prière du Dimanche de la santé 2022

Seigneur Jésus,
Toi l’homme des Béatitudes,
Toi le pauvre, le doux, le juste,
le miséricordieux,
donne-nous de vivre
par Toi, avec Toi et en Toi.

 

Quels que soient
les événements que nous traversons
ou les difficultés que nous avons à affronter,
permets que nous n’oubliions jamais
que Tu marches avec nous,
que Tu nous tiens la main,
et qu’être heureux,
c’est Te savoir à nos côtés
quoi qu’il advienne.

 

Ainsi soit-il.

 

Chantal Lavoillotte

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9 février 2022 3 09 /02 /février /2022 07:55
 
pêche miraculeuse

© Fred de Noyelle / Godong

 

      "Souvent nous restons avec un sentiment de défaite, pendant que dans le cœur naissent désillusion et amertume", a confié le pape François lors de l’Angélus, le 6 février 2022, avant de souligner à quel point Jésus est en mesure de renverser les situations désespérées en choisissant de "monter sur notre barque". « Cette barque vide, symbole de notre incapacité, devient la “cathèdre” de Jésus. »

 

      « Cette barque vide, symbole de notre incapacité, devient la “cathèdre” de Jésus », a déclaré le pape François lors de l’Angélus du 6 février. Devant les fidèles rassemblés sur la place Saint-Pierre, l’évêque de Rome est revenu sur l’Évangile du jour, tiré du 5e chapitre de saint Luc, dans lequel Jésus exhorte Simon-Pierre à « prendre le large et à jeter encore les filets », alors qu’il revenait d’une pêche décevante.

      Après cette « nuit de fatigues et de désillusions », qui fait écho à nos propres échecs, Jésus invite à retourner « au large », et nous appelle à « cultiver des rêves, faire avancer des projets, vivre l’amour dans nos relations », a précisé le Pape. Jésus veut ainsi « entrer dans nos vides et les remplir avec sa présence, se servir de notre pauvreté pour annoncer sa richesse, de nos misères pour proclamer sa miséricorde », a expliqué le Pape, en précisant que le Seigneur ne cherche pas à monter dans « un navire de croisière ». Une « pauvre barque bancale » lui suffit, à condition que nous soyons disposés à l’accueillir.

 

     Jésus est « le Dieu de la proximité, il ne cherche pas le perfectionnisme, mais l’accueil », a précisé le pontife. Tout comme Simon-Pierre, chaque chrétien doit faire confiance à Jésus, et aller au large même quand les conditions ne semblent pas optimales. « Toujours, dans la vie personnelle comme dans celle de l’Église et de la société, il y a quelque chose de beau et de courageux que l’on peut faire », a insisté le Pape, en expliquant qu’en surmontant les tentations du pessimisme et de la méfiance, et en laissant le Seigneur monter sur sa barque, chacun peut assister à une « pêche miraculeuse ».

 

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7 février 2022 1 07 /02 /février /2022 07:26

 

Les véritables enjeux du synode
sur la synodalité
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Antoine Mekary / Godong

Jean Duchesne

L’essayiste Jean Duchesne, cofondateur de la revue de théologie "Communio", décrit l’enjeu du synode sur la synodalité qui doit aboutir en 2023 et souligne qu’il ne se limite pas à la place et au rôle des laïcs dans l’Église.
 

L’Église entière est engagée depuis septembre dernier dans un processus dit synodal, qui aboutira en octobre 2023 à une grande assemblée à Rome. L’affaire semble concerner surtout les « bons » catholiques (engagés et actifs), assez peu les simples « consommateurs » épisodiques (et déjà bien occupés par ailleurs) de sacrements et de liturgies, encore moins les « sympathisants » dont la vie religieuse reste soigneusement privée et sans allégeance institutionnelle, et pratiquement pas les incroyants. L’opinion publique n’est donc pas (pas encore ?) passionnée. Et pourtant, tout cela ne va nullement de soi et n’est pas sans enjeux.

Marcher ensemble

On pourrait d’abord trouver bizarre d’entendre parler d’un « synode sur la synodalité ». Serait-ce, mutatis mutandis, la même chose que se réunir pour débattre du fait qu’on se réunit ? Mais un synode n’est-il qu’une réunion ecclésiale de responsables et de délégués ? Le sens est plus précis, car le mot ne désigne un événement ponctuel que pour l’inscrire dans une dynamique. Il vient du grec sunodos, qui signifie « route » ou « chemin » (odos), « avec » (sun ou syn) d’autres, c’est-à-dire en compagnie, solidairement. La synodalité est ainsi le fait de marcher ensemble. Cependant, l’objectif visé (la synodalité) a toujours l’air de se confondre avec le moyen (un synode) choisi pour l’atteindre. On reste devant une lapalissade ou une tautologie : on chemine collectivement en faisant route de concert.

 

La redondance se justifie toutefois si l’on reconnaît qu’il ne s’agit pas là d’un objet à traiter à l’aide d’outils empruntés ailleurs, comme lorsqu’on fait un sondage, une étude ou un colloque sur une question donnée. C’est bien plutôt un mouvement qu’il ne suffit pas d’analyser de l’extérieur pour savoir ce que c’est et qu’en faire. Car il demeure incompréhensible et vain si l’on n’y entre pas soi-même. Le document préparatoire de ce synode annonce d’ailleurs : « Pour une Église synodale : communion, participation et mission ». Cela appelle bien au partage et à l’engagement, tout en indiquant que la finalité n’est pas un meilleur fonctionnement interne, mais l’ouverture aux autres et leur accueil.

L’Église « constitutivement synodale »

Ceci n’explique cependant pas tout. Car si la communion, la participation et la mission sont les composantes de la synodalité, l’appartenance à l’Église se vit déjà et depuis les origines sur un mode synodal. C’est ce qu’établit un document publié en 2018 par la Commission théologique internationale, qui conclut que « l’Église est constitutivement synodale ». On est alors amené à se demander s’il est bien nécessaire, voire seulement utile, de s’intéresser tellement à ce qu’on fait déjà, le plus souvent sans le faire exprès, peut-être pas parfaitement mais sans réticence expresse et sans se soucier de nommer la démarche.

La réponse à cette interrogation est double. D’une part, dans le principe, l’Église en chemin découvre sans cesse des dimensions qui lui paraissent nouvelles du trésor qui lui est confié. Elle peut se ressourcer dans sa Tradition, où la pratique de la synodalité est loin d’être inédite, même dans l’histoire récente. Pour ne donner qu’un seul exemple, à Paris le cardinal Lustiger a lancé en 1990 la « Marche de l’Évangile » (on voit affleurer dans cet intitulé l’origine de « synode »), ponctuée par une assemblée diocésaine en 1993. D’autre part, dans le contexte actuel, on entend dénoncer à l’envi le cléricalisme comme le défaut majeur qui, de mille et une façons, ruine le crédit du catholicisme dans la société contemporaine. La démarche synodale consiste donc à stimuler l’écoute, le dialogue et la prise de responsabilités par ceux qui ne sont pas prêtres ni religieux : laïcs en général et femmes en particulier. 

Démocratisation ou fait du prince ?

L’entreprise ne laisse toutefois pas d’être paradoxale. Car l’initiative ne vient pas de « la base », mais du sommet : le pape. Certes, des voix s’élèvent pour déplorer que le pouvoir soit monopolisé par un clergé de mâles célibataires et demander qu’il soit partagé de façon à la fois plus équitable et plus judicieuse du point de vue de l’efficience managériale. Or la démarche synodale ne marque pas plus le succès de telles revendications qu’elle n’exige une obéissance disciplinée à un oukase princier. Et cela pour une raison toute simple : c’est que l’Église n’est pas structurée par des rapports de force et d’efficacité, mais par le service. 

Un danger serait que le régime de démocratie d’assemblée donne à de beaux parleurs, dûment relayés dans les médias, l’occasion de pousser comme réclamées par la vox populi certaines mesures.

Lorsqu’un synode est convoqué, ce n’est ni l’exercice d’une domination ni l’abandon d’une part au moins de souveraineté, mais un service rendu au nom et à la suite du Christ, Seigneur parce qu’il se fait serviteur (Ph 2, 6-11). Et le but n’est pas de promouvoir quiconque, mais d’inviter chacun à se mettre selon sa vocation au service de tous afin d’avoir ainsi part à la vie même de Dieu. On n’a donc pas du tout là un processus de conformation à l’idéal démocratique de la société d’aujourd’hui ni à l’autoritarisme de celle d’hier, et bien plutôt un appel à s’offrir soi-même comme le font entre elles les personnes divines et comme le Fils est envoyé par le Père pour permettre aux hommes de le faire avec l’aide de l’Esprit.

Les risques de l’entreprise

C’est évidemment une démarche spirituelle. Elle est aisément interprétée de travers, de même que Jésus en son temps a été largement incompris. Un premier risque est que les « bons chrétiens » qui se donnent déjà à fond sans trop se chamailler entre eux soient peu motivés pour se réunir en plus afin de s’interroger sur le fonctionnement de leurs communautés et de l’Église. Un autre problème (évoqué en commençant) est que des discussions sur les moyens ont peu de chances d’attirer des gens auxquels la fin visée échappe plus ou moins. 

Un danger (peut-être plus sérieux) serait que le régime de démocratie d’assemblée donne à de beaux parleurs, dûment relayés dans les médias, l’occasion de pousser comme réclamées par la vox populi des mesures telles que l’abolition du célibat sacerdotal, l’ordination d’hommes mariés et de femmes, l’institution de ministères par élection et pour des mandats de durée limitée, etc. Ce ne serait pas la fin du cléricalisme, mais la cléricalisation d’un laïcat militant, où l’on ne peut guère voir la panacée rendant la foi enviable et même contagieuse.

Brebis sans berger ?

La démarche synodale n’a en effet pas pour but de rendre l’Église socialement plus performante, à l’intérieur comme à l’extérieur, en pratiquant une cinquième vertu cardinale : le dialogue. L’idée-clé de la foi chrétienne est que ce n’est pas l’homme qui, grâce à ses efforts, va vers Dieu, et qu’à l’inverse, c’est Dieu qui vient à lui le premier, lui donne d’espérer plus qu’il n’ose et ne cesse de le soutenir pour autant qu’il s’y prête. La synodalité est donc à considérer comme bien davantage qu’un moyen de faire la volonté de Dieu, et, plus foncièrement, une retombée de la disponibilité à son action. Si la synodalité est bien « constitutive de l’Église », ce n’est pas elle qui la « fait ». Selon les Pères, c’est l’Eucharistie qui « fait l’Église » et nourrit ainsi la synodalité. Et ce n’est pas le peuple assemblé qui peut déclarer : « Ceci est mon Corps ». Il y faut un envoyé expressément consacré. De même pour dire : « Je te remet tes péchés », afin de réintégrer dans la communion. L’enjeu de ce synode n’est donc pas simplement de donner aux laïcs leur juste place afin qu’ils s’ouvrent au monde et soient missionnaires. Il est aussi de redécouvrir le besoin qu’ils ont de prêtres sans lesquels ils restent « des brebis sans berger » (Mc 6, 34). Le service de la synodalité est inséparable de celui du ministère apostolique et sacramentel.

 
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