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20 août 2020 4 20 /08 /août /2020 06:42
L’ÉTÉ DES CATHÉDRALES, n°22 : LA CATHÉDRALE D'ÉVRY
L’ÉTÉ DES CATHÉDRALES, n°22 : LA CATHÉDRALE D'ÉVRY
 

 

Pour donner un cœur et une identité à une ville nouvelle de la banlieue parisienne, les pouvoirs publics et les autorités catholiques décident de construire une cathédrale. Le chantier démarre en 1991, à une période où l’Église s’interroge sur sa visibilité...

L’ÉTÉ DES CATHÉDRALES, n°22 : LA CATHÉDRALE D'ÉVRY

     Dans les années 1960, pour réguler l’urbanisation anarchique de l’agglomération parisienne, l’administration française décrète la construction de villes nouvelles autour de Paris. On élève alors en pleins champs des villes-champignons qui regrouperont des populations jeunes, socialement peu homogènes, déracinées, au sein d’un urbanisme rationnel et froid. Vingt ans plus tard, le constat est sévère : de l’aveu même des urbanistes, ce sont des villes sans mémoire et sans âme. Comment donner à ces cités-dortoirs une véritable identité ?

 

Donner une âme à la ville

     À Évry, dans l’Essonne, alors que l’Église est en perte de vitesse et que la culture chrétienne est en train de s’effacer des mémoires, c’est paradoxalement l’idée d’une cathédrale qui émerge. Autour de ce projet se rassemblent pouvoirs publics et responsables catholiques. Car ces derniers s’interrogent eux aussi, après des décennies de discrétion des catholiques, de disparition du sacré et d’enfouissement dans la société. Ils aimeraient retrouver une pastorale de la visibilité. La construction de la cathédrale aura donc un double enjeu, être un lieu de culte et de visibilité de l’Église, et donner à la ville le cœur qui lui manquait. Un projet religieux, mais aussi culturel et patrimonial. C’est d’ailleurs le ministère de la culture, et non l’archevêché de Paris, qui rendra public le lancement du projet et en financera une partie. Le cahier des charges s’annonce compliqué pour l’architecte.

 

Une cathédrale surprenante

     C’est Mario Botta, un architecte suisse qui a déjà réalisé les aménagements du centre-ville d’Évry, qui est chargé de la tâche. Il propose immédiatement un édifice cylindrique. De 34 m de haut en son point le plus élevé, coiffé d’un biseau de verre transparent et couronné de vingt-quatre tilleuls argentés, il sera habillé de brique rouge, à l’extérieur comme à l’intérieur. Les premières pierres sont posées à Pâques en 1991, le chantier débute un an plus tard et dès 1995, le jour de Pâques, la première messe dominicale est célébrée dans la toute nouvelle cathédrale de la Résurrection.

     Circulaire, et non en forme de croix, l’édifice bouscule l’image traditionnelle de la cathédrale. De nombreuses controverses ont d’ailleurs contesté le choix de Mario Botta, qui est agnostique, et que certains soupçonnent même d’avoir caché dans son œuvre des symboles franc-maçons. Néanmoins, quand on entre dans la cathédrale pour la première fois, on est saisi par la lumière, par la pureté des lignes, par la beauté et la simplicité des matières, briques, bois, verre. Tout ici invite au rassemblement et à la prière.

 

Un beau choix d’œuvres d’art

    Quand on entre par le portail principal et que l’on se dirige vers le grand baptistère de marbre blanc, on est accompagné par les douze apôtres, un ensemble de vitraux abstraits très colorés, dessinés par le P. Kim En Joong. Le vitrail du chœur, lui, a été dessiné par l’architecte. Noir et blanc, semi-circulaire, il figure un arbre, symbole de résurrection.

    Une statue de la Vierge en bois du XVIe siècle surmonte le baptistère. Au-dessus de l’autel, un Christ en bois de Tanzanie du XIXe siècle rappelle l’universalité de l’Église. À droite du siège de l’évêque, se dresse une statue contemporaine du saint patron de la cathédrale, Corbinien de Freising.

    Enfin, dans la petite chapelle octogonale de Jour, sous l’entrée principale, trois œuvres de Gérard Garouste en fer forgé invitent au recueillement : une vierge à l’enfant, un christ et un tabernacle.

 

Visiter la cathédrale en vidéo :
Saint Corbinien de Freising
patron de la cathédrale

 

    La cathédrale d’Évry est dédiée bien sûr à la Résurrection du Christ, mais l’évêque Guy Herbulot a souhaité la dédier également à un saint du VIIe-VIIIe siècle originaire de la région, Corbinien de Freising.

    Corbinien naît à Châtres (l’ancien nom d’Arpajon, dans l’Essonne) en 670. Très pieux, il s’installe dans un ermitage, tout près d’une église en ruines qu’il s’attache à reconstruire, à Saint-Germain-de-Châtres (Saint-Germain-les-Arpajon). Sa réputation de sainteté attire à lui des disciples et il fonde avec eux un petit monastère. Il se rend alors à Rome pour demander au pape de bénir cette fondation. Impressionné par sa sagesse et sa piété, le pape l’y renvoie en mission d’évangélisation après l’avoir ordonné prêtre et évêque.

    Mais la charge d’évêque pèse à Corbinien. Il retourne à Rome, espérant en être relevé, passant par l’Allemagne et la Bavière où il rencontre le duc Theobald et ses fils, qui cherchent à le retenir. Mais il repart pour Rome, et l’on raconte qu’au cours de ce voyage, un ours féroce dévore sa monture. Après avoir sermonné et « converti » la bête sauvage, c’est sur son dos qu’il finira sa route.

    Contre son désir, le pape le confirme dans sa charge d’évêque, et l’envoie cette fois en Bavière. Il s’installe à Freising, y construit une église qui deviendra la cathédrale du diocèse de Freising-Munich, et évangélise la région. Il meurt le 8 septembre 730. Ses restes reposent toujours dans la crypte de la cathédrale.

    En 1711, le curé de l’église de Saint-Germain-les-Arpajon demande au diocèse de Freising-Munich une relique de Corbinien. Sa demande est acceptée, et les deux diocèses sont depuis restés en contact. Dans l’autel de la cathédrale d’Evry a été enchassé un morceau de la relique conservée à St-Germain. Et aujourd’hui encore, chaque année le 8 septembre, une délégation bavaroise vient fêter saint Corbinien avec les catholiques du diocèse d’Évry.

 

Écouter  :

Christel Juquois

 

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19 août 2020 3 19 /08 /août /2020 12:07
 
L’ÉTÉ DES CATHÉDRALES, n°19 : SAINT-DENIS DE LA RÉUNION
L’ÉTÉ DES CATHÉDRALES, n°19 : SAINT-DENIS DE LA RÉUNION
 

 

« Ile de l’Ouest », « L’île Mascarin », « L’île Bourbon », ce coin de terre de l’Océan Indien a changé plusieurs fois de nom depuis sa découverte au XVe siècle. La Réunion s’enrichit grâce au commerce d’épices, de café et d’esclaves. En 1850, le pape Pie IX érige le diocèse de Saint-Denis de La Réunion.

 

L’ÉTÉ DES CATHÉDRALES, n°19 : SAINT-DENIS DE LA RÉUNION
Une Église et un peuple composites

       La petite bourgade de Saint-Denis de La Réunion se développe au milieu du XVIIIe siècle. Elle s’organise selon les plans de l’ingénieur Paradis qui veut en faire une grande cité. En 1733, celui-ci prévoit de placer une cathédrale dans « sa » ville, avant même que l’ile ne soit érigée en diocèse. Une première église consacrée au Saint-Sauveur est inaugurée en 1746 à l’emplacement choisi. Au bout d’une centaine d’années elle est détruite et reconstruite. Devenue cathédrale en 1850, avec la création du diocèse, elle est agrandie et consacrée par le second évêque de l’île : Monseigneur Armand-René Maupoint, le 28 septembre 1860. Le bâtiment mesure 45 m de long, 22 m de large, et 20 m de haut. On lui ajoute un haut-vent dans le style néoclassique toscan. Le fronton est décoré d'un haut-relief en terre cuite représentant le martyre de saint Denis. Une dizaine d’années plus tard un plafond à caissons avec nervures dorées de style Renaissance est installé. Ensuite, des fenêtres sont percées pour rendre la cathédrale plus lumineuse. En 1905, un grand décor peint pour le chœur par l’abbé Moirod est envoyé de métropole. Cette peinture sur toile évoque l’histoire de saint Denis et l’histoire religieuse de France. En 1962, le cyclone Jenny détruit le clocher et abîme la toiture. On reconstruit le campanile à côté de la cathédrale pour des raisons de sécurité, en cette région du monde où les cyclones sont réguliers et dévastateurs. En 1998, des travaux de rénovation du bâtiment sont entrepris ainsi que la restauration des toiles du chœur en 2018. La cathédrale est aujourd’hui resplendissante de jeunesse et de ferveur populaire.

 

Contre l’esclavage

       Alexandre Monnet est ordonné prêtre pour le diocèse de Cambrai en 1837. Attiré par la mission, il entre au séminaire colonial pour se préparer à l’évangélisation lointaine.
Il est envoyé à La Réunion en 1840 et est nommé vicaire à Saint-Denis. Farouchement opposé à l’esclavage, il est guidé dans sa pastorale missionnaire par une conviction : « La moralisation, dit-il, n’a aucune chance de réussir sans émancipation. Les esclaves ne seront jamais religieux tant qu’ils vivront sous la dépendance des colons. » Furieux, les riches propriétaires de l’île obtiennent son expulsion en 1846. Le P. Monnet trouve refuge à Madagascar. En 1848, il devient supérieur de la Congrégation du Saint-Esprit et est en contact direct avec Victor Schœlcher et le gouvernement en métropole. L’abbé Monnet est nommé vicaire apostolique de Madagascar en octobre 1848. Il garde des liens avec l’île de La Réunion toute proche et ses anciens paroissiens, sans toutefois pouvoir s’y rendre. L’esclavage est aboli à La Réunion le 20 décembre 1848. Un an plus tard, le 1er décembre, Mgr Monnet meurt à l’hôpital de Mayotte. En mémoire de son action pour l’abolition de l’esclave, son buste a été installé sur la place devant son ancienne église, devenue la cathédrale Saint-Denis.

Une prière

 

Sous la protection de saint Denis, le diocèse et la cathédrale de La Réunion, organisent des réunions de prière. Il est de coutume de prier les litanies à saint Denis. (extraits)

 

Saint Denis, successeur des apôtres,

Saint Denis, prêtre et évêque,

Saint Denis, champion intrépide de l’Évangile auprès des païens,

Saint Denis, sans peur ni crainte devant la menace des persécuteurs,

Saint Denis, fidèle jusqu'au martyre,

Saint Denis, guérissez ceux qui souffrent de la tête,

Saint Denis, exaucez tous ceux qui ont confiance en vous...

 

Un chant

Jean-Marie Vincent a trouvé en l’île de La Réunion sa terre de prédilection. Terre de sueurs, de larmes mais aussi de joie, de rythmes, d'Espérance. Diversité des visages et des timbres de la voix humaine ! L'inspiration vient avec le souffle de la vie, au rythme des pas, dans le bleu des montagnes, le vert des vallées ou le turquoise de l'océan.

 

Sébastien Antoni

 

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17 août 2020 1 17 /08 /août /2020 07:09

 

SAINTE-CÉCILE D'ALBI

 

L’ÉTÉ DES CATHÉDRALES, n°17 : SAINTE-CÉCILE D'ALBI
L’ÉTÉ DES CATHÉDRALES, n°17 : SAINTE-CÉCILE D'ALBI
 

 

 

Construite en un siècle, entre 1282 et 1383, la cathédrale Sainte-Cécile est le joyau de la cité épiscopale d’Albi. Réponse au catharisme, réaffirmation du dogme catholique et de l’identité languedocienne, elle est appelée la « cathédrale rouge ».

L’ÉTÉ DES CATHÉDRALES, n°17 : SAINTE-CÉCILE D'ALBI
Une merveille de l’architecture sacrée

     Sainte-Cécile est classée au patrimoine mondial de l’humanité depuis 2010. Une reconnaissance évidente au vu de ses qualités artistiques exceptionnelles. Plus grande cathédrale de briques du monde, son allure majestueuse, presque sévère, son gigantisme et son décor unique, font d’elle une des merveilles de l’architecture sacrée.

C’est sous l’impulsion de Bernard de Castanet, évêque du lieu, que commence la construction de cet édifice conçu pour défendre la foi chrétienne contre l’hérésie cathare répandue dans le Midi de la France depuis le début du XIe siècle.

 

Un choc esthétique

       Quand il pénètre par le grand porche de pierres blanches du XVIe siècle à l’ornementation exubérante, c’est un véritable choc esthétique qui surprend le visiteur. Alors que l’extérieur tient de la forteresse militaire, l’intérieur est d’une profusion colorée admirable, entièrement conçu pour offrir une véritable catéchèse de la foi catholique.

Avec ses 20 000 m2 de peintures qui en couvrent tout l’intérieur, son chœur des Chanoines, ou encore l’orgue le plus grand de France, la cathédrale d’Albi offre un ensemble exceptionnel. Mais c’est l’impressionnante fresque du jugement dernier, peinte à l’intérieur de la nef, qui attire les regards émerveillés.

 

Sainte-Cécile, visite guidée par son curé, le P. Paul de Cassagnac :
Le Jugement dernier

      Cette fresque admirable a été réalisée sous l’impulsion de l’évêque Louis Ier d’Amboise entre 1495 et 1500. Elle illustre les fins dernières et exhorte les fidèles à se préparer à la mort en évitant les péchés et en pratiquant la charité. Recouvrant une surface de presque 300 mètres carrés, l’ensemble frappe par son format : avec ses 15 m de haut et ses 18 m de large, il s’agit du plus vaste ensemble peint réalisé en France à la fin du Moyen Âge.

Dans la partie supérieure figure la vision du ciel avec les anges musiciens accompagnés de la cour céleste. En dessous, tandis que deux grands anges font sonner la trompette de la Résurrection et du Jugement, les morts surgissent de leurs tombeaux et comparaissent nus devant le Christ. Dans la partie sud, les élus ont un visage serein alors que les damnés, agglutinés dans la partie nord, supplient et hurlent, effrayés par l’Enfer qui s’ouvre sous leurs pieds. Dans le registre inférieur, les pécheurs, déjà condamnés aux supplices de l’Enfer, se débattent dans des scènes terribles. D’un réalisme incroyable, ces images, destinées à effrayer les fidèles, insistaient sur l’importance de se préparer à la mort tout au long de sa vie terrestre afin d’éviter les effroyables châtiments de l’Enfer.

Le chœur des chanoines

       Ce chœur fermé demeure certainement l’élément le plus impressionnant de la cathédrale. C’est à cet endroit que se réunissaient les clercs pour chanter et célébrer le service divin. Miraculeusement préservé, le jubé est l’un des rares à avoir survécu dans la région Midi-Pyrénées. Beaucoup ont aujourd’hui disparu en France, victimes des destructions révolutionnaires ou des aménagements liturgiques du XVIIIe et XIXe siècles. Réalisée sous l’impulsion de l’évêque Louis Ier d’Amboise à la fin du XVe siècle, cette dentelle de pierre forme le plus grand ensemble gothique de la fin du Moyen Âge.

      À l’origine, 293 statues venaient orner la clôture, mais une grande partie a été détruite sous le régime de la Terreur. Autour du chœur, on aperçoit 33 personnages de l’Ancien Testament, tandis que les empereurs Constantin et Charlemagne viennent défendre les portes latérales de leur épée. À l’intérieur de la clôture, 72 anges entourent sainte Cécile, patronne des musiciens. D’une très grande variété, les personnages ont tous des attitudes différentes : pas un visage ni un costume ne sont semblables, ce qui donne une impression de vie extraordinaire. Le réalisme, le souci extrême du détail et la virtuosité technique montrent toute l’inventivité et le savoir-faire déployés par les artistes pour offrir une galerie digne de la grandeur divine.

 

Écouter  :

« Ave Maria » de Guillaume Bouzignac, extrait de Les plus beaux Ave Maria, Bayard Musique.  

Sophie de Villeneuve

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15 août 2020 6 15 /08 /août /2020 20:33
L’ÉTÉ DES CATHÉDRALES, n°16 : SAINT-ÉTIENNE DE TOULOUSE
L’ÉTÉ DES CATHÉDRALES, n°16 : SAINT-ÉTIENNE DE TOULOUSE
 

 

Au Moyen Âge, Toulouse s’est dotée d'une administration collective de huit capitulaires, le «commun conseil de la Cité et du Bourg», plus connu sous le nom de «capitouls». Ce sont eux qui dès 1270, avec le pouvoir ecclésiastique, entreprendront la construction, la transformation et l'unification des deux cathédrales de la ville rose.

 

L’ÉTÉ DES CATHÉDRALES, n°16 : SAINT-ÉTIENNE DE TOULOUSE
Une histoire née dans la jalousie

     Au XIe siècle, à l’époque de la réforme grégorienne, l'évêque de Toulouse, Isarn de Lavaur, édifie une nouvelle cathédrale sur l’emplacement exact de la précédente. Haute et large de plus de 19 mètres, elle est construite en brique locale, en style gothique méridional, si austère et qui contraste tant avec la légèreté du gothique d’Ile-de-France. À Toulouse, on envie l’audace architecturale des églises du Nord. Pour donner un peu plus de légèreté au bâtiment, on décide de le doter d’une grande rose, similaire dans le tracé à la rose occidentale de Notre-Dame de Paris. Cela ne suffira pas pour calmer la volonté de s’aligner à la mode gothique du Nord.

     Vers 1270, Bertrand de l’Isle, évêque de Toulouse, décide de construire, à côté de la cathédrale d’Isarn, une nouvelle cathédrale grandiose, qui saura rivaliser avec les plus belles de toute la chrétienté. On lui conseille d’envisager une seule cathédrale qui réunirait les deux édifices. Après avoir fait raser le chevet, on commença la construction d’un immense chœur qui devait prolonger la nef de la cathédrale d’Isarn, et former un ensemble harmonieux avec la nouvelle église. Le projet ne sera jamais achevé. Si le nouveau chœur est bien relié à l’ancienne construction, que l’on appelle la nef Raymondine, l’assemblage forcé des deux édifices a désaxé la cathédrale. Le visiteur qui pénètre dans le bâtiment par la porte principale, pour apercevoir l’autel, doit traverser la nef Raymondine puis se décaler de plusieurs mètres sur la gauche pour s’avancer vers le chœur. Ce plan biscornu vaut parfois à la cathédrale de la cité des Violettes le sobriquet de « tuyau de poêle » . Plusieurs projets d’harmonisation ont été proposés dans l’histoire, mais aucun n’a abouti.

       Parmi les curiosités de la cathédrale Saint-Étienne, il y a un magnifique orgue suspendu en « nid d’hirondelle » qui culmine à plus de 18 m de hauteur. Son buffet date du début du XVIIe, il est le plus ancien buffet d’orgue de la riche collection des instruments de la ville rose.

 

Vidéo  : vues extérieures de la cathédrale
Mgr Saliège, un juste parmi les nations

      Jules-Géraud Saliège, est né en 1870 et mort à Toulouse le 5 novembre 1956. Il fut archevêque et cardinal de Toulouse de 1928 à 1956. Dès le 12 avril 1933, peu de temps après l'arrivée en janvier de Hitler à la chancellerie allemande, il dénonce dans une réunion au Théâtre du Capitole la persécution des Juifs menacés par la montée du nazisme. Dans sa fameuse lettre pastorale d’août 1942, Mgr Saliège affirme que « tous les juifs sont nos frères », rappelant aux chrétiens qu’ils « ne peuvent pas l’oublier ». Après l’interdiction de sa lecture par le régime de Vichy, cette lettre est diffusée en secret, transportée à bicyclette dans toute la région. Sans avoir jamais rejoint la Résistance proprement dite, Mgr Saliège fut reconnu « compagnon de la Libération » par le général de Gaulle. Il a reçu la distinction de « Juste parmi les nations ». Il est inhumé dans le chœur de la cathédrale (caveau nord). Il apparaît également, depuis 1951, dans l’un des vitraux de la nef Raymondine.

 

Prière

La cloche de l’angélus de la cathédrale avait cessé de sonner en 1964. C’est grâce à l’association des amis de la cathédrale que les travaux de rénovation ont été menés à bien, et que 55 ans plus tard, le 21 septembre 2019, à midi, les Toulousains ont entendu à nouveau le carillon de l’angélus tinter.

 

L’angélus

. L’ange du Seigneur apporta l’annonce à Marie,
. Et elle conçut du Saint-Esprit.

Je vous salue Marie, …

. Voici la Servante du Seigneur,
. Qu’il me soit fait selon votre parole.

Je vous salue Marie, …

. Et le Verbe s’est fait chair
. Et il a habité parmi nous.

Je vous salue Marie, …

. Priez pour nous, sainte Mère de Dieu,
. Afin que nous soyons rendus dignes des promesses du Christ.


Daigne, Seigneur, répandre ta grâce en nos cœurs, afin qu’ayant connu par la voix de l’Ange l’Incarnation de ton Fils Jésus Christ, nous puissions parvenir par sa Passion et par sa Croix, à la gloire de sa Résurrection, par le même Jésus Christ, notre Seigneur.
Amen

 

Le Gloria en Occitan, la langue de Toulouse et de sa région  !

Sébastien Antoni

 

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13 août 2020 4 13 /08 /août /2020 06:43
L’ÉTÉ DES CATHÉDRALES, n°14 : SAINT-CORENTIN DE QUIMPER
L’ÉTÉ DES CATHÉDRALES, n°14 : SAINT-CORENTIN DE QUIMPER
 

 

Cet édifice gothique impressionnant symbolise la puissance des évêques qui ont dirigé Quimper au Moyen Âge. Sa construction s’est étalée sur sept siècles, de 1239 à la révolution industrielle.

L’ÉTÉ DES CATHÉDRALES, n°14 : SAINT-CORENTIN DE QUIMPER

      Ancienne capitale de la Cornouaille, Quimper vient du vient du breton « kemper » qui signifie confluent. La ville est en effet au confluent de l’Odet et de ses trois principaux affluents, le Steïr, le Frout et le Jet. Quimper existait déjà à l'époque romaine et se situait à l'emplacement du faubourg actuel de Locmaria. Une cathédrale romane, dont il ne reste à peu près rien, s’élevait déjà sur l’emplacement de l’actuelle dont la construction est décidée en 1239 par l’évêque Raynaud. Il entame ainsi le chantier d'une grande cathédrale gothique qui va s'inspirer des constructions d'Ile-de-France et devenir à son tour un lieu d'expérimentation d'où sortiront plus tard des formules adoptées par toute la Basse-Bretagne.

 

Une construction en plusieurs temps

En 1410, les voûtes du chœur sont achevées, tandis que sont posées les verrières dans les fenêtres hautes. En 1424, l’évêque Bertrand de Rosmadec entreprend la construction de la nef et des deux tours de la façade.

Au début du XVIe siècle on s'apprêtait à construire les flèches quand le chantier fut interrompu, sans doute pour des raisons financières. On posa donc des petites toitures coniques au sommet des tours. Les siècles qui suivirent furent essentiellement consacrés à la mise en place de mobilier (monuments funéraires, autels, statues, orgues, chaire à prêcher). Il faut noter l'incendie qui fit disparaître la flèche de la croisée du transept en 1620, ainsi que le sac de la cathédrale en 1793 où pratiquement tout le mobilier disparut.

 

Une restauration à l’heure de la révolution industrielle

À partir des années 1850, l’architecte quimpérois Joseph Bigot entreprend la restauration de l’édifice, principalement le décor des chapelles et la commande de nouveaux vitraux détruits lors de la Révolution française. Sa réalisation la plus spectaculaire reste l’achèvement des deux tours avec la construction des flèches entre 1854 et 1856, financée par les Quimpérois.
De 1989 à 1999, une campagne de restauration révèle l’aspect de la cathédrale à la fin du XVe siècle : restitution des polychromies intérieures avec réapparition des nervures traitées en ocre jaune et ocre rouge, et chaulage général des parements.

 

La déviation de la nef

Une grande et étonnante caractéristique de la cathédrale de Quimper est l'absence d'alignement entre le chœur et la nef. De multiples interprétations ont été avancées pour l’expliquer. On y voit généralement une orientation symbolique reprenant la position de la tête du Christ sur la Croix. Des interprétations plus techniques sont cependant souvent avancées, notamment celles évoquant la nécessité d'asseoir la construction de la nef sur des bases stables en l'éloignant du cours de l'Odet qu'un alignement rigoureux aurait rendu trop proche. Il faut aussi souligner le fait que le chantier du transept fut mis en œuvre en tout dernier lieu, comme si on avait repoussé au dernier moment les problèmes de raccordement (vers 1460).

 

Les trois portails

La cathédrale s’ouvre sur l’extérieur par trois portails. Le portail sud, portail Sainte-Catherine, dessert la porte de l'évêque et l'hôpital implanté sur la rive gauche (préfecture actuelle) et le portail nord, porche des baptêmes, véritable porche paroissial avec ses bancs et les niches pour les statues des apôtres, est tourné vers la ville et complété par un ossuaire (1514). Le porche occidental trouve lui sa place naturelle entre les deux tours. Toute l'esthétique de ces trois portails ressort de l'époque flamboyante : quatre-feuilles, choux-frisés, fleurons, grands gâbles qui coupent les moulures et balustrades. Des pinacles et des niches ornent les contreforts tandis qu'apparaît tout un bestiaire : monstres, chiens, personnages énigmatiques, gargouilles et avec eux, tout un imaginaire au service d'un programme religieux et politique. Si la plupart des statues de saints a disparu, subsiste en revanche un armorial qui fait des portails de la cathédrale une des plus belles pages héraldiques qu'on puisse imaginer : hermine ducale, lion des Montfort, blason de la duchesse Jeanne de France voisinent avec les armes des barons de la Cornouaille avec heaumes et cimiers.

 

Visite guidée de la cathédrale
Saint Corentin et Max Jacob : deux personnages essentiels de Quimper  !

Né à l’époque du roi Gradlon, saint Corentin s’établit en ermite sur l’actuelle commune de Plomodiern pour se consacrer entièrement à la prière. Il réalisa dès lors plusieurs miracles.
Un jour, Gradlon, le roi de Cornouailles, s’en alla chasser avec sa troupe dans l’épaisse forêt qui recouvrait alors la plaine du Porzay. Le roi s’y égara et trouva finalement, fourbu et affamé, l’ermitage de Corentin. Celui-ci réussit le prodige de nourrir toute la troupe grâce à un seul petit poisson. C’était le poisson dont il se nourrissait quotidiennement : chaque jour il n’en prélevait qu’une tranche, puis replaçait le poisson qui dans l’eau se reconstituait aussitôt. Le roi, ébloui par ce prodige, décida de donner son château près du confluent à Corentin et lui demanda de devenir le premier évêque de son royaume.

Max Jacob naît à Quimper le 12 juillet 1876 et meurt le 5 mars 1944 au camp de Drancy. Issu d’une famille juive non pratiquante établie en Bretagne, il se convertit en 1915 au catholicisme suite à une vision. Poète, peintre, ami de tous les artistes de Montparnasse, il sera une figure attachante de ce Paris avant-gardiste du début du XXe siècle. Il trouvera refuge à l’abbaye de Saint-Benoît-sur-Loire avant d’être déporté. Son attachement à Quimper et à la Bretagne ne sera jamais démenti. Le musée des Beaux-Arts de Quimper a une belle collection de peintures et gouaches de Max Jacob, illustrant la vie quotidienne bretonne et la ville de Quimper.

 

 

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11 août 2020 2 11 /08 /août /2020 12:25

 

 

  CHRIST SEUL

Paroles et musique : Benjamin et Thomas Pouzin

Glorious 2014 ©

 

 

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10 août 2020 1 10 /08 /août /2020 12:10
L’ÉTÉ DES CATHÉDRALES, n°12 : SAINT-ÉTIENNE DE METZ
L’ÉTÉ DES CATHÉDRALES, n°12 : SAINT-ÉTIENNE DE METZ
 

 

       Les travaux de la cathédrale débutent en 1220 et s’étendront sur près de 800 ans  ! Le projet architectural est audacieux. Les merveilles artistiques, les prouesses techniques, l’opulence parfois de Saint-Étienne témoignent de la foi profonde et audacieuse des Mosellans.

 

L’ÉTÉ DES CATHÉDRALES, n°12 : SAINT-ÉTIENNE DE METZ
Huit siècles, quelle histoire  !

      La cathédrale est surnommée la « lanterne du Bon Dieu ». C’est la cathédrale de France qui possède la plus grande surface vitrée (6 500 m2) et les plus grandes verrières gothiques d’Europe. La cathédrale abrite aussi des vitraux réalisés par Marc Chagall au XXe siècle, notamment celui de la Création. Mais Saint-Étienne de Metz comporte encore bien d’autres originalités. Elle est construire sur huit siècles de 1220 à 1903, et présente une belle unité de style gothique qui semble avoir été respectée à chaque campagne de construction ou de restauration. En pénétrant dans l’édifice par le portail occidental aux nombreuses statues « médiévales », les visiteurs ignorent souvent que ce portail, de style néogothique, a été créé de toutes pièces en 1903 par l’architecte Paul Tornow et le sculpteur Auguste Dujardin.

Étonnamment, les deux tours ne sont pas sur la façade principale. Ce sont les tours de l’ancienne collégiale Notre-Dame-la-Ronde, qui fut comprise dans la reconstruction gothique de Saint-Étienne à partir du XIIIe siècle. Les deux églises eurent jusqu’à la fin du XIVe siècle un mur de séparation.

Autre particularité de la cathédrale Saint-Étienne, sa charpente est en métal car son ossature de bois et sa toiture médiévale en ardoise ont brûlé en 1877, enflammées par les feux d’artifices tirés en l’honneur d’une visite de l’empereur prussien Guillaume 1er. Dernière originalité, la cathédrale compte un « empereur-prophète »  : Guillaume II, venu inaugurer le nouveau portail en 1903, y était représenté en statue dans le rôle du prophète Daniel. Après 1918, on lui rasa la moustache pour le rendre à l’anonymat…

 

La cathédrale reporte d’une année (à 2021) les festivités grandioses de ses 800 ans  !

Sous le regard d'un poète

Verlaine est né à Metz. Même s’il n’y séjourne que peu de temps, il évoque à plusieurs reprises la cathédrale comme élément incontournable du paysage messin, notamment dans son poème « Ode à Metz » :

 

Metz aux campagnes magnifiques,

Rivière aux ondes prolifiques,

Coteaux boisés, vignes de feu,

Cathédrale tout en volute,

Où le vent chante sur le flûte,

Et qui lui répond par la Mute,

Cette grosse voix du bon Dieu !

 

Et également dans ses Confessions en 1895 :

« Metz possédait et doit encore posséder une très belle promenade appelée “l’Esplanade”, donnant en terrasse sur la Moselle, qui s’y étale, large et pure, au pied de collines fertiles en raisins et d’un aspect des plus agréables. Sur la droite de ce paysage, en retrait vers la ville, la cathédrale profile à une bonne distance panoramique son architecture dentelée à l’infini. Vers la nuit tombante, des nuées de corbeaux reviennent en croassant, faut-il dire joyeusement ?, reposer devers les innombrables tourelles et tourillons qui se dressent sur le ciel violet. »

Prière

Prière du Jubilé des 800 ans de la cathédrale (extraits)

 

Dieu notre Père, avec tout notre diocèse en fête, nous te rendons grâce pour notre cathédrale, merveilleux édifice dont nous célébrons les 800 ans. C’est le talent d’architectes, de sculpteurs et de maîtres verriers célèbres, mais aussi la foi et le labeur de milliers d’anonymes qui lui ont donné la splendeur qui fait notre admiration. (...)

Trinité sainte, notre Dieu, tu fais de nous les pierres vivantes de ton Église. Donne-nous le courage intrépide d’Étienne, le premier des martyrs (...). Ainsi, nous serons les témoins de ta lumière, afin qu’au Pays de Moselle tout homme, toute femme, tout enfant connaisse un jour le bonheur de te rencontrer, toi notre joie, Dieu de Jésus Christ.

 

La maîtrise de la cathédrale chante Britten

Sébastien Antoni

 

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9 août 2020 7 09 /08 /août /2020 12:00
L’ÉTÉ DES CATHÉDRALES, n°13 : SAINT-PIERRE DE BEAUVAIS, LA GÉANTE
L’ÉTÉ DES CATHÉDRALES, n°13 : SAINT-PIERRE DE BEAUVAIS, LA GÉANTE
 

 

Si la cathédrale Notre-Dame d’Amiens est la plus vaste de France, Saint-Pierre de Beauvais demeure la cathédrale la plus haute d’Europe. Son chœur gothique s’élève à 48,50 m. Elle est commandée en 1225 par l’évêque de Nanteuil, proche du roi et du pape, pour rivaliser en importance avec Saint-Pierre de Rome.

 

L’ÉTÉ DES CATHÉDRALES, n°13 : SAINT-PIERRE DE BEAUVAIS, LA GÉANTE
 

     À l’ouest de la cathédrale Saint-Pierre, des vestiges de la cathédrale carolingienne construite au cours de la seconde moitié du Xe siècle et achevée au début du XIe siècle sont encore visibles. Elle est connue aujourd’hui sous le nom de Notre-Dame de la Basse-Œuvre. Au fur et à mesure que la construction de la cathédrale gothique avançait, l’emprise de la Basse-Œuvre diminuait.

 

Un édifice fragile

     À la suite d’un incendie en 1225 endommageant Notre-Dame de la Basse-Œuvre, il est décidé de reconstruire une cathédrale pouvant rivaliser avec celles des diocèses voisins (Senlis, Laon, Paris…)

Celle qui devait être la plus haute cathédrale d’Occident s’est effondrée par deux fois. Sa hauteur, voulue dès l'origine, a fragilisé tout l'édifice depuis le Moyen Âge. Au long des siècles, les financements qui auraient dû être consacrés à l'achèvement de l'édifice (nef, chœur et flèche) ont été affectés aux réparations.

En 1270, après une cinquantaine d'années de travaux, le chœur est enfin achevé. Mais quatorze ans plus tard, un violent coup de vent entraîne un effondrement sur une travée. Il faut reconstruire. Les architectes décident de doubler les piliers pour renforcer l'ensemble.

En mai 1573, le jour de l'Ascension, la flèche de 152 m chute à son tour, provoquant un nouvel écroulement. Personne ne veut monter pour enlever les débris restés sur la toiture. La légende raconte qu'un condamné à mort aurait accepté de faire le périlleux travail de nettoyage en échange de sa liberté. À la fin du XVIe siècle, les fonds restants suffisent tout juste à réparer le transept ; la nef ne sera jamais construite.

En 1993, des étais sont installés pour éviter que la voûte, fragilisée par de fortes tempêtes dans les années 1990, ne s’effondre. Le desserrage des étaiements devrait commencer en 2020, un travail délicat qui mènera aux 800 ans de la pose de la première pierre, fêtée en 2025.

 

Vidéo  : la cathédrale St-Pierre de Beauvais

Musique  : « Credo », extrait de Missa de Angelis, par l'ensemble Venance Fortunat, Bayard Musique.

Un ensemble de vitraux enrichis au fil des siècles

       La plus ancienne verrière, située dans la chapelle axiale, date de 1240 et représente dix scènes de la vie du Christ, un arbre de Jessé et la crucifixion. Les grandes verrières du chœur présentent de beaux vitraux des XIIIe et XIVe siècles. Les bras du transept, quant à eux, s'illuminent de magnifiques vitraux du XVIe siècle complétés par ceux de Max Ingrand au XXe. Les chapelles du déambulatoire offrent une variété de verrières médiévales et modernes.

Deux extraordinaires horloges

       Une horloge datant de 1302, située dans une des chapelles du chœur, est la plus ancienne horloge à carillon du monde encore en mouvement. Son cadran indique les phases de la lune. Elle joue des cantiques avant chaque heure.

Une horloge astronomique, datant de 1868 et de style romano-byzantin, est un joyau d’horlogerie de 90 000 pièces. Cinquante-deux cadrans mettent en scène cinquante personnages. Le coq s’agite, bat des ailes, et chante trois fois. Jésus tourne la tête et remue les bras. Les anges se tournent vers lui. La cité céleste est représentée au sommet et sur le cadran central, les apôtres transmettent le message du Christ aux habitants de la Cité terrestre. L’horloge présente les données connues au XIXe siècle sur le temps et l’astronomie : les dates d’éclipse du soleil visibles à Beauvais, les heures de pleine mer et l’amplitude de la marée au Mont-Saint-Michel ainsi que l’heure au méridien de Beauvais, de Paris et de huit autres grandes villes.

À la Révolution, la cathédrale devient une église paroissiale et une partie de son mobilier est pillé. Elle redevient cathédrale en 1822.

Geneviève Pasquier

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4 août 2020 2 04 /08 /août /2020 06:55
L’ÉTÉ DES CATHÉDRALES, n°5 : NOTRE-DAME DE BAYEUX
L’ÉTÉ DES CATHÉDRALES, n°5 : NOTRE-DAME DE BAYEUX
 

 

Depuis la bataille de Hastings en 1066 jusqu’aux commémorations du Débarquement en présence de la reine d’Angleterre en 1989, la cathédrale de Bayeux est un lieu symbolique de l’histoire de la Normandie, de la France et de l’Angleterre. C’est à partir de 1160 que l’actuelle cathédrale, gothique, est édifiée.

L’ÉTÉ DES CATHÉDRALES, n°5 : NOTRE-DAME DE BAYEUX

La fondation de la ville de Bayeux remonte à l’époque gallo-romaine. Intégrée en 924 au domaine du chef viking Rollon, premier duc de Normandie, Bayeux est alors, après Rouen, la ville la plus importante de Normandie.

 

La première cathédrale carolingienne ayant brûlé, l'évêque de Bayeux Hugues II entreprend sa reconstruction en 1040, mais il meurt rapidement. C’est son successeur Odon, demi-frère de Guillaume le Conquérant, qui prend la relève, ayant rapporté d’Angleterre les ressources nécessaires à l’achèvement de la cathédrale. La nouvelle cathédrale Notre-Dame est romane. Elle est consacrée le 14 juillet 1077, en présence de Guillaume le Conquérant et de Mathilde de Flandres. Mais elle est en partie détruite par un nouvel incendie en 1160. La cathédrale est reconstruite en style gothique, c’est elle que l’on peut admirer aujourd’hui.

 

Une cathédrale « patchwork »

De l’époque romane, elle conserve une partie des tours de façade occidentale, la crypte bâtie entre 1050 et 1060 et les grandes arcades inférieures en plein cintre de la nef. Le gothique avec un « accent normand » se manifeste par des arcs brisés très aigus et de multiples colonnettes. Une façade gothique a été plaquée sur la façade d'entrée. Au XIXe siècle, après consolidation, la tour centrale est coiffée d'un dôme en cuivre.

 

C’est sans doute à Bayeux que s’est établi au milieu du XIe siècle le schéma de la façade harmonique : un porche central flanqué de tours de façade destinées à abriter des cloches. Ce modèle s’est répandu dans l’ensemble de l’Europe.

 

Des vitraux offerts par la reine d’Angleterre

Situés derrière le chœur, des vitraux représentent les blasons des bataillons anglais débarqués en Normandie en juin 1944. Ils ont été offerts par la reine Élisabeth II qui les a inaugurés le 6 juin 1989. Ils témoignent des liens anciens entre la Normandie et la couronne d’Angleterre.

 

La cathédrale possède également quelques beaux vitraux créés au XIXe siècle sur les transepts nord et sud et dans les chapelles latérales. Les vitraux des chapelles latérales racontent la vie de saints comme celle de saint Exupère, premier évêque de Bayeux.

 

Au XXe siècle, les huit grandes baies du transept ont reçu des vitraux qui ont la particularité de changer de couleur en fonction de la lumière.

 

Une crypte chargée d’histoire

Dernier vestige de l’époque de Guillaume le Conquérant, la crypte est un bijou d’art roman muré lors de la construction du chœur gothique et redécouvert au début du XVe siècle. C’est en ces lieux qu’Harold Godwinson aurait prêté serment, s’engageant à laisser Guillaume monter sur le trône d’Angleterre à la mort du roi. Promesse non tenue qui conduisit Guillaume de Normandie à envahir l’Angleterre et à accéder au trône après avoir remporté la bataille de Hastings.

La tapisserie de Bayeux

La tapisserie de Bayeux, longue de 70 mètres, raconte la conquête de l’Angleterre par Guillaume le Conquérant, duc de Normandie. Elle a été offerte à la cathédrale de Bayeux par Odon de Conteville, demi-frère de Guillaume le Conquérant, qui participa à la conquête de l'Angleterre. La tapisserie légitime la conquête de l’Angleterre aux yeux du peuple et lui confère un caractère sacré.
Jusqu’à la Révolution française, elle était abritée dans un coffre dans la salle aux trésors de la cathédrale, d’où elle était sortie pour être exposée dans la nef tous les mois de juillet. Aujourd’hui, elle est présentée dans un musée de la ville.

Écouter  :

« Gaude Maria Virgo », extrait de O felices lacrimae, par l'ensemble De Caelis, Studio SM .

Geneviève Pasquier

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3 août 2020 1 03 /08 /août /2020 06:51
L’ÉTÉ DES CATHÉDRALES, n°4 : NOTRE-DAME DE LAON
L’ÉTÉ DES CATHÉDRALES, n°4 : NOTRE-DAME DE LAON

 

La ville de Laon, située sur une colline, domine les plateaux alentours. À son sommet, se dresse une cathédrale gothique depuis 1160. Notre-Dame de Laon est l’une des premières cathédrales gothiques après Saint-Denis, Sens, Noyon, Senlis. Elle est contemporaine de Notre-Dame de Paris.

L’ÉTÉ DES CATHÉDRALES, n°4 : NOTRE-DAME DE LAON

Dans une lettre à sa femme datée du 1er août 1835, Victor Hugo évoque la grande église : « J’ai quitté Laon ce matin, vieille ville avec une cathédrale qui est une autre ville dedans, une immense cathédrale qui devait porter six tours et qui n’en a que quatre; quatre tours presque byzantines, à jour comme les flèches du XVIe siècle. Tout est beau à Laon, les églises, les maisons, les environs, tout… ».

 

Une histoire lointaine

Saint Béat se serait installé au IIIe siècle à l'est de Laon dans une grotte pour y vivre en ermite. À partir du VIe siècle, Laon est dotée de plusieurs lieux de culte. C’est une ville extrêmement importante de l’empire carolingien. La cathédrale carolingienne domine alors un groupe épiscopal composé au sud de l’église Saint-Remi (détruite en 1841) et au nord de l'église Saint-Martin-au-Parvis. À cette époque, la ville devient un évêché suite à l'intervention de saint Remi, originaire de Laon. La première cathédrale date du IXe siècle et elle est romane.

 

La nouvelle cathédrale est commandée par l’évêque Gaulthier de Mortagne. Avec ses trois grands portails sculptés, ses fenêtres à voussures et ses écoinçons décorés de personnages, l’édifice fait partie des plus belles cathédrales gothiques de France. La nef est achevée à la fin du XIIe siècle, les tours des transepts en 1225. La façade est terminée en 1245. Des arcs-boutants sont ajoutés à la nef et on envisage la reconstruction du chœur, afin de réaliser le plus long chœur médiéval (10 travées). Au XIVe siècle, des chapelles latérales sont construites entre les contreforts du chœur. À la même époque, la façade du croisillon sud est refaite en style gothique rayonnant. Aucune grosse modification n'est réalisée par la suite.

 

En 1790, l'évêché de Laon est supprimé et Laon est rattaché à celui de Soissons. La cathédrale est, depuis cette date, une église paroissiale.

 

L’école de Laon

On ne peut pas parler de la cathédrale de Laon sans évoquer « l’école de Laon ». Elle devait s'y trouver depuis Remi de Reims qui y a étudié en l'école rhétorique de l'église Notre-Dame-de-Laon. Dès le VIIIe siècle, un important scriptorium existait au sein du monastère de femmes de Sainte-Marie et Saint-Jean, puis au IXe siècle un palais de Charles le Chauve servit de cadre aux enseignements des maîtres irlandais, rémois entre autres, dans le cadre de la renaissance carolingienne. La période la plus connue de l'école est celle du temps des maîtres Anselme et son frère Raoul de Laon. À la fin du XIe et début du XIIe siècle, ils étaient d'une telle renommée qu'ils attiraient des élèves de tout l'Occident.

 

La rosace des Arts libéraux

Les compagnons du Moyen Âge se déplaçaient de chantier en chantier. Au fur et à mesure de leurs déplacements, ils amélioraient leurs techniques et préparaient leur chantier suivant. C’est ainsi qu’une des rosaces de la cathédrale de Laon a été dessinée sur le mur d’une chapelle de la cathédrale de Soissons, la rosace des Arts libéraux. C'est une des premières roses du gothique, dessinée par des ouvertures dans le mur.

Huit vitraux représentent les arts libéraux – rhétorique, grammaire, dialectique, astronomie, arithmétique, géométrie, musique et médecine -, enseignés au Moyen Âge à l'école épiscopale de Laon. Ils entourent le motif central symbolisant la sagesse issue de cet enseignement.

Des bœufs perchés dans les tours

Perchés à 56 mètres de hauteur, seize bœufs ornent les deux grandes tours de façade de la cathédrale. La légende raconte qu’un attelage qui transportait les pierres nécessaires à la construction de la cathédrale s’écroula de fatigue. Un bœuf blanc descendit miraculeusement du ciel pour terminer le travail. En réalité, ces bœufs auraient été réalisés pour rendre hommage aux bêtes qui ont amené les matériaux jusqu’au chantier. Aujourd’hui, ces bœufs continuent de piquer la curiosité des visiteurs.

 

Écouter  :

« Salve Regina », extrait de Marie, porte du ciel, Bayard-Musique.  

Geneviève Pasquier

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