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15 août 2020 6 15 /08 /août /2020 20:33
L’ÉTÉ DES CATHÉDRALES, n°16 : SAINT-ÉTIENNE DE TOULOUSE
L’ÉTÉ DES CATHÉDRALES, n°16 : SAINT-ÉTIENNE DE TOULOUSE
 

 

Au Moyen Âge, Toulouse s’est dotée d'une administration collective de huit capitulaires, le «commun conseil de la Cité et du Bourg», plus connu sous le nom de «capitouls». Ce sont eux qui dès 1270, avec le pouvoir ecclésiastique, entreprendront la construction, la transformation et l'unification des deux cathédrales de la ville rose.

 

L’ÉTÉ DES CATHÉDRALES, n°16 : SAINT-ÉTIENNE DE TOULOUSE
Une histoire née dans la jalousie

     Au XIe siècle, à l’époque de la réforme grégorienne, l'évêque de Toulouse, Isarn de Lavaur, édifie une nouvelle cathédrale sur l’emplacement exact de la précédente. Haute et large de plus de 19 mètres, elle est construite en brique locale, en style gothique méridional, si austère et qui contraste tant avec la légèreté du gothique d’Ile-de-France. À Toulouse, on envie l’audace architecturale des églises du Nord. Pour donner un peu plus de légèreté au bâtiment, on décide de le doter d’une grande rose, similaire dans le tracé à la rose occidentale de Notre-Dame de Paris. Cela ne suffira pas pour calmer la volonté de s’aligner à la mode gothique du Nord.

     Vers 1270, Bertrand de l’Isle, évêque de Toulouse, décide de construire, à côté de la cathédrale d’Isarn, une nouvelle cathédrale grandiose, qui saura rivaliser avec les plus belles de toute la chrétienté. On lui conseille d’envisager une seule cathédrale qui réunirait les deux édifices. Après avoir fait raser le chevet, on commença la construction d’un immense chœur qui devait prolonger la nef de la cathédrale d’Isarn, et former un ensemble harmonieux avec la nouvelle église. Le projet ne sera jamais achevé. Si le nouveau chœur est bien relié à l’ancienne construction, que l’on appelle la nef Raymondine, l’assemblage forcé des deux édifices a désaxé la cathédrale. Le visiteur qui pénètre dans le bâtiment par la porte principale, pour apercevoir l’autel, doit traverser la nef Raymondine puis se décaler de plusieurs mètres sur la gauche pour s’avancer vers le chœur. Ce plan biscornu vaut parfois à la cathédrale de la cité des Violettes le sobriquet de « tuyau de poêle » . Plusieurs projets d’harmonisation ont été proposés dans l’histoire, mais aucun n’a abouti.

       Parmi les curiosités de la cathédrale Saint-Étienne, il y a un magnifique orgue suspendu en « nid d’hirondelle » qui culmine à plus de 18 m de hauteur. Son buffet date du début du XVIIe, il est le plus ancien buffet d’orgue de la riche collection des instruments de la ville rose.

 

Vidéo  : vues extérieures de la cathédrale
Mgr Saliège, un juste parmi les nations

      Jules-Géraud Saliège, est né en 1870 et mort à Toulouse le 5 novembre 1956. Il fut archevêque et cardinal de Toulouse de 1928 à 1956. Dès le 12 avril 1933, peu de temps après l'arrivée en janvier de Hitler à la chancellerie allemande, il dénonce dans une réunion au Théâtre du Capitole la persécution des Juifs menacés par la montée du nazisme. Dans sa fameuse lettre pastorale d’août 1942, Mgr Saliège affirme que « tous les juifs sont nos frères », rappelant aux chrétiens qu’ils « ne peuvent pas l’oublier ». Après l’interdiction de sa lecture par le régime de Vichy, cette lettre est diffusée en secret, transportée à bicyclette dans toute la région. Sans avoir jamais rejoint la Résistance proprement dite, Mgr Saliège fut reconnu « compagnon de la Libération » par le général de Gaulle. Il a reçu la distinction de « Juste parmi les nations ». Il est inhumé dans le chœur de la cathédrale (caveau nord). Il apparaît également, depuis 1951, dans l’un des vitraux de la nef Raymondine.

 

Prière

La cloche de l’angélus de la cathédrale avait cessé de sonner en 1964. C’est grâce à l’association des amis de la cathédrale que les travaux de rénovation ont été menés à bien, et que 55 ans plus tard, le 21 septembre 2019, à midi, les Toulousains ont entendu à nouveau le carillon de l’angélus tinter.

 

L’angélus

. L’ange du Seigneur apporta l’annonce à Marie,
. Et elle conçut du Saint-Esprit.

Je vous salue Marie, …

. Voici la Servante du Seigneur,
. Qu’il me soit fait selon votre parole.

Je vous salue Marie, …

. Et le Verbe s’est fait chair
. Et il a habité parmi nous.

Je vous salue Marie, …

. Priez pour nous, sainte Mère de Dieu,
. Afin que nous soyons rendus dignes des promesses du Christ.


Daigne, Seigneur, répandre ta grâce en nos cœurs, afin qu’ayant connu par la voix de l’Ange l’Incarnation de ton Fils Jésus Christ, nous puissions parvenir par sa Passion et par sa Croix, à la gloire de sa Résurrection, par le même Jésus Christ, notre Seigneur.
Amen

 

Le Gloria en Occitan, la langue de Toulouse et de sa région  !

Sébastien Antoni

 

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13 août 2020 4 13 /08 /août /2020 06:43
L’ÉTÉ DES CATHÉDRALES, n°14 : SAINT-CORENTIN DE QUIMPER
L’ÉTÉ DES CATHÉDRALES, n°14 : SAINT-CORENTIN DE QUIMPER
 

 

Cet édifice gothique impressionnant symbolise la puissance des évêques qui ont dirigé Quimper au Moyen Âge. Sa construction s’est étalée sur sept siècles, de 1239 à la révolution industrielle.

L’ÉTÉ DES CATHÉDRALES, n°14 : SAINT-CORENTIN DE QUIMPER

      Ancienne capitale de la Cornouaille, Quimper vient du vient du breton « kemper » qui signifie confluent. La ville est en effet au confluent de l’Odet et de ses trois principaux affluents, le Steïr, le Frout et le Jet. Quimper existait déjà à l'époque romaine et se situait à l'emplacement du faubourg actuel de Locmaria. Une cathédrale romane, dont il ne reste à peu près rien, s’élevait déjà sur l’emplacement de l’actuelle dont la construction est décidée en 1239 par l’évêque Raynaud. Il entame ainsi le chantier d'une grande cathédrale gothique qui va s'inspirer des constructions d'Ile-de-France et devenir à son tour un lieu d'expérimentation d'où sortiront plus tard des formules adoptées par toute la Basse-Bretagne.

 

Une construction en plusieurs temps

En 1410, les voûtes du chœur sont achevées, tandis que sont posées les verrières dans les fenêtres hautes. En 1424, l’évêque Bertrand de Rosmadec entreprend la construction de la nef et des deux tours de la façade.

Au début du XVIe siècle on s'apprêtait à construire les flèches quand le chantier fut interrompu, sans doute pour des raisons financières. On posa donc des petites toitures coniques au sommet des tours. Les siècles qui suivirent furent essentiellement consacrés à la mise en place de mobilier (monuments funéraires, autels, statues, orgues, chaire à prêcher). Il faut noter l'incendie qui fit disparaître la flèche de la croisée du transept en 1620, ainsi que le sac de la cathédrale en 1793 où pratiquement tout le mobilier disparut.

 

Une restauration à l’heure de la révolution industrielle

À partir des années 1850, l’architecte quimpérois Joseph Bigot entreprend la restauration de l’édifice, principalement le décor des chapelles et la commande de nouveaux vitraux détruits lors de la Révolution française. Sa réalisation la plus spectaculaire reste l’achèvement des deux tours avec la construction des flèches entre 1854 et 1856, financée par les Quimpérois.
De 1989 à 1999, une campagne de restauration révèle l’aspect de la cathédrale à la fin du XVe siècle : restitution des polychromies intérieures avec réapparition des nervures traitées en ocre jaune et ocre rouge, et chaulage général des parements.

 

La déviation de la nef

Une grande et étonnante caractéristique de la cathédrale de Quimper est l'absence d'alignement entre le chœur et la nef. De multiples interprétations ont été avancées pour l’expliquer. On y voit généralement une orientation symbolique reprenant la position de la tête du Christ sur la Croix. Des interprétations plus techniques sont cependant souvent avancées, notamment celles évoquant la nécessité d'asseoir la construction de la nef sur des bases stables en l'éloignant du cours de l'Odet qu'un alignement rigoureux aurait rendu trop proche. Il faut aussi souligner le fait que le chantier du transept fut mis en œuvre en tout dernier lieu, comme si on avait repoussé au dernier moment les problèmes de raccordement (vers 1460).

 

Les trois portails

La cathédrale s’ouvre sur l’extérieur par trois portails. Le portail sud, portail Sainte-Catherine, dessert la porte de l'évêque et l'hôpital implanté sur la rive gauche (préfecture actuelle) et le portail nord, porche des baptêmes, véritable porche paroissial avec ses bancs et les niches pour les statues des apôtres, est tourné vers la ville et complété par un ossuaire (1514). Le porche occidental trouve lui sa place naturelle entre les deux tours. Toute l'esthétique de ces trois portails ressort de l'époque flamboyante : quatre-feuilles, choux-frisés, fleurons, grands gâbles qui coupent les moulures et balustrades. Des pinacles et des niches ornent les contreforts tandis qu'apparaît tout un bestiaire : monstres, chiens, personnages énigmatiques, gargouilles et avec eux, tout un imaginaire au service d'un programme religieux et politique. Si la plupart des statues de saints a disparu, subsiste en revanche un armorial qui fait des portails de la cathédrale une des plus belles pages héraldiques qu'on puisse imaginer : hermine ducale, lion des Montfort, blason de la duchesse Jeanne de France voisinent avec les armes des barons de la Cornouaille avec heaumes et cimiers.

 

Visite guidée de la cathédrale
Saint Corentin et Max Jacob : deux personnages essentiels de Quimper  !

Né à l’époque du roi Gradlon, saint Corentin s’établit en ermite sur l’actuelle commune de Plomodiern pour se consacrer entièrement à la prière. Il réalisa dès lors plusieurs miracles.
Un jour, Gradlon, le roi de Cornouailles, s’en alla chasser avec sa troupe dans l’épaisse forêt qui recouvrait alors la plaine du Porzay. Le roi s’y égara et trouva finalement, fourbu et affamé, l’ermitage de Corentin. Celui-ci réussit le prodige de nourrir toute la troupe grâce à un seul petit poisson. C’était le poisson dont il se nourrissait quotidiennement : chaque jour il n’en prélevait qu’une tranche, puis replaçait le poisson qui dans l’eau se reconstituait aussitôt. Le roi, ébloui par ce prodige, décida de donner son château près du confluent à Corentin et lui demanda de devenir le premier évêque de son royaume.

Max Jacob naît à Quimper le 12 juillet 1876 et meurt le 5 mars 1944 au camp de Drancy. Issu d’une famille juive non pratiquante établie en Bretagne, il se convertit en 1915 au catholicisme suite à une vision. Poète, peintre, ami de tous les artistes de Montparnasse, il sera une figure attachante de ce Paris avant-gardiste du début du XXe siècle. Il trouvera refuge à l’abbaye de Saint-Benoît-sur-Loire avant d’être déporté. Son attachement à Quimper et à la Bretagne ne sera jamais démenti. Le musée des Beaux-Arts de Quimper a une belle collection de peintures et gouaches de Max Jacob, illustrant la vie quotidienne bretonne et la ville de Quimper.

 

 

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11 août 2020 2 11 /08 /août /2020 12:25

 

 

  CHRIST SEUL

Paroles et musique : Benjamin et Thomas Pouzin

Glorious 2014 ©

 

 

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10 août 2020 1 10 /08 /août /2020 12:10
L’ÉTÉ DES CATHÉDRALES, n°12 : SAINT-ÉTIENNE DE METZ
L’ÉTÉ DES CATHÉDRALES, n°12 : SAINT-ÉTIENNE DE METZ
 

 

       Les travaux de la cathédrale débutent en 1220 et s’étendront sur près de 800 ans  ! Le projet architectural est audacieux. Les merveilles artistiques, les prouesses techniques, l’opulence parfois de Saint-Étienne témoignent de la foi profonde et audacieuse des Mosellans.

 

L’ÉTÉ DES CATHÉDRALES, n°12 : SAINT-ÉTIENNE DE METZ
Huit siècles, quelle histoire  !

      La cathédrale est surnommée la « lanterne du Bon Dieu ». C’est la cathédrale de France qui possède la plus grande surface vitrée (6 500 m2) et les plus grandes verrières gothiques d’Europe. La cathédrale abrite aussi des vitraux réalisés par Marc Chagall au XXe siècle, notamment celui de la Création. Mais Saint-Étienne de Metz comporte encore bien d’autres originalités. Elle est construire sur huit siècles de 1220 à 1903, et présente une belle unité de style gothique qui semble avoir été respectée à chaque campagne de construction ou de restauration. En pénétrant dans l’édifice par le portail occidental aux nombreuses statues « médiévales », les visiteurs ignorent souvent que ce portail, de style néogothique, a été créé de toutes pièces en 1903 par l’architecte Paul Tornow et le sculpteur Auguste Dujardin.

Étonnamment, les deux tours ne sont pas sur la façade principale. Ce sont les tours de l’ancienne collégiale Notre-Dame-la-Ronde, qui fut comprise dans la reconstruction gothique de Saint-Étienne à partir du XIIIe siècle. Les deux églises eurent jusqu’à la fin du XIVe siècle un mur de séparation.

Autre particularité de la cathédrale Saint-Étienne, sa charpente est en métal car son ossature de bois et sa toiture médiévale en ardoise ont brûlé en 1877, enflammées par les feux d’artifices tirés en l’honneur d’une visite de l’empereur prussien Guillaume 1er. Dernière originalité, la cathédrale compte un « empereur-prophète »  : Guillaume II, venu inaugurer le nouveau portail en 1903, y était représenté en statue dans le rôle du prophète Daniel. Après 1918, on lui rasa la moustache pour le rendre à l’anonymat…

 

La cathédrale reporte d’une année (à 2021) les festivités grandioses de ses 800 ans  !

Sous le regard d'un poète

Verlaine est né à Metz. Même s’il n’y séjourne que peu de temps, il évoque à plusieurs reprises la cathédrale comme élément incontournable du paysage messin, notamment dans son poème « Ode à Metz » :

 

Metz aux campagnes magnifiques,

Rivière aux ondes prolifiques,

Coteaux boisés, vignes de feu,

Cathédrale tout en volute,

Où le vent chante sur le flûte,

Et qui lui répond par la Mute,

Cette grosse voix du bon Dieu !

 

Et également dans ses Confessions en 1895 :

« Metz possédait et doit encore posséder une très belle promenade appelée “l’Esplanade”, donnant en terrasse sur la Moselle, qui s’y étale, large et pure, au pied de collines fertiles en raisins et d’un aspect des plus agréables. Sur la droite de ce paysage, en retrait vers la ville, la cathédrale profile à une bonne distance panoramique son architecture dentelée à l’infini. Vers la nuit tombante, des nuées de corbeaux reviennent en croassant, faut-il dire joyeusement ?, reposer devers les innombrables tourelles et tourillons qui se dressent sur le ciel violet. »

Prière

Prière du Jubilé des 800 ans de la cathédrale (extraits)

 

Dieu notre Père, avec tout notre diocèse en fête, nous te rendons grâce pour notre cathédrale, merveilleux édifice dont nous célébrons les 800 ans. C’est le talent d’architectes, de sculpteurs et de maîtres verriers célèbres, mais aussi la foi et le labeur de milliers d’anonymes qui lui ont donné la splendeur qui fait notre admiration. (...)

Trinité sainte, notre Dieu, tu fais de nous les pierres vivantes de ton Église. Donne-nous le courage intrépide d’Étienne, le premier des martyrs (...). Ainsi, nous serons les témoins de ta lumière, afin qu’au Pays de Moselle tout homme, toute femme, tout enfant connaisse un jour le bonheur de te rencontrer, toi notre joie, Dieu de Jésus Christ.

 

La maîtrise de la cathédrale chante Britten

Sébastien Antoni

 

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9 août 2020 7 09 /08 /août /2020 12:00
L’ÉTÉ DES CATHÉDRALES, n°13 : SAINT-PIERRE DE BEAUVAIS, LA GÉANTE
L’ÉTÉ DES CATHÉDRALES, n°13 : SAINT-PIERRE DE BEAUVAIS, LA GÉANTE
 

 

Si la cathédrale Notre-Dame d’Amiens est la plus vaste de France, Saint-Pierre de Beauvais demeure la cathédrale la plus haute d’Europe. Son chœur gothique s’élève à 48,50 m. Elle est commandée en 1225 par l’évêque de Nanteuil, proche du roi et du pape, pour rivaliser en importance avec Saint-Pierre de Rome.

 

L’ÉTÉ DES CATHÉDRALES, n°13 : SAINT-PIERRE DE BEAUVAIS, LA GÉANTE
 

     À l’ouest de la cathédrale Saint-Pierre, des vestiges de la cathédrale carolingienne construite au cours de la seconde moitié du Xe siècle et achevée au début du XIe siècle sont encore visibles. Elle est connue aujourd’hui sous le nom de Notre-Dame de la Basse-Œuvre. Au fur et à mesure que la construction de la cathédrale gothique avançait, l’emprise de la Basse-Œuvre diminuait.

 

Un édifice fragile

     À la suite d’un incendie en 1225 endommageant Notre-Dame de la Basse-Œuvre, il est décidé de reconstruire une cathédrale pouvant rivaliser avec celles des diocèses voisins (Senlis, Laon, Paris…)

Celle qui devait être la plus haute cathédrale d’Occident s’est effondrée par deux fois. Sa hauteur, voulue dès l'origine, a fragilisé tout l'édifice depuis le Moyen Âge. Au long des siècles, les financements qui auraient dû être consacrés à l'achèvement de l'édifice (nef, chœur et flèche) ont été affectés aux réparations.

En 1270, après une cinquantaine d'années de travaux, le chœur est enfin achevé. Mais quatorze ans plus tard, un violent coup de vent entraîne un effondrement sur une travée. Il faut reconstruire. Les architectes décident de doubler les piliers pour renforcer l'ensemble.

En mai 1573, le jour de l'Ascension, la flèche de 152 m chute à son tour, provoquant un nouvel écroulement. Personne ne veut monter pour enlever les débris restés sur la toiture. La légende raconte qu'un condamné à mort aurait accepté de faire le périlleux travail de nettoyage en échange de sa liberté. À la fin du XVIe siècle, les fonds restants suffisent tout juste à réparer le transept ; la nef ne sera jamais construite.

En 1993, des étais sont installés pour éviter que la voûte, fragilisée par de fortes tempêtes dans les années 1990, ne s’effondre. Le desserrage des étaiements devrait commencer en 2020, un travail délicat qui mènera aux 800 ans de la pose de la première pierre, fêtée en 2025.

 

Vidéo  : la cathédrale St-Pierre de Beauvais

Musique  : « Credo », extrait de Missa de Angelis, par l'ensemble Venance Fortunat, Bayard Musique.

Un ensemble de vitraux enrichis au fil des siècles

       La plus ancienne verrière, située dans la chapelle axiale, date de 1240 et représente dix scènes de la vie du Christ, un arbre de Jessé et la crucifixion. Les grandes verrières du chœur présentent de beaux vitraux des XIIIe et XIVe siècles. Les bras du transept, quant à eux, s'illuminent de magnifiques vitraux du XVIe siècle complétés par ceux de Max Ingrand au XXe. Les chapelles du déambulatoire offrent une variété de verrières médiévales et modernes.

Deux extraordinaires horloges

       Une horloge datant de 1302, située dans une des chapelles du chœur, est la plus ancienne horloge à carillon du monde encore en mouvement. Son cadran indique les phases de la lune. Elle joue des cantiques avant chaque heure.

Une horloge astronomique, datant de 1868 et de style romano-byzantin, est un joyau d’horlogerie de 90 000 pièces. Cinquante-deux cadrans mettent en scène cinquante personnages. Le coq s’agite, bat des ailes, et chante trois fois. Jésus tourne la tête et remue les bras. Les anges se tournent vers lui. La cité céleste est représentée au sommet et sur le cadran central, les apôtres transmettent le message du Christ aux habitants de la Cité terrestre. L’horloge présente les données connues au XIXe siècle sur le temps et l’astronomie : les dates d’éclipse du soleil visibles à Beauvais, les heures de pleine mer et l’amplitude de la marée au Mont-Saint-Michel ainsi que l’heure au méridien de Beauvais, de Paris et de huit autres grandes villes.

À la Révolution, la cathédrale devient une église paroissiale et une partie de son mobilier est pillé. Elle redevient cathédrale en 1822.

Geneviève Pasquier

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4 août 2020 2 04 /08 /août /2020 06:55
L’ÉTÉ DES CATHÉDRALES, n°5 : NOTRE-DAME DE BAYEUX
L’ÉTÉ DES CATHÉDRALES, n°5 : NOTRE-DAME DE BAYEUX
 

 

Depuis la bataille de Hastings en 1066 jusqu’aux commémorations du Débarquement en présence de la reine d’Angleterre en 1989, la cathédrale de Bayeux est un lieu symbolique de l’histoire de la Normandie, de la France et de l’Angleterre. C’est à partir de 1160 que l’actuelle cathédrale, gothique, est édifiée.

L’ÉTÉ DES CATHÉDRALES, n°5 : NOTRE-DAME DE BAYEUX

La fondation de la ville de Bayeux remonte à l’époque gallo-romaine. Intégrée en 924 au domaine du chef viking Rollon, premier duc de Normandie, Bayeux est alors, après Rouen, la ville la plus importante de Normandie.

 

La première cathédrale carolingienne ayant brûlé, l'évêque de Bayeux Hugues II entreprend sa reconstruction en 1040, mais il meurt rapidement. C’est son successeur Odon, demi-frère de Guillaume le Conquérant, qui prend la relève, ayant rapporté d’Angleterre les ressources nécessaires à l’achèvement de la cathédrale. La nouvelle cathédrale Notre-Dame est romane. Elle est consacrée le 14 juillet 1077, en présence de Guillaume le Conquérant et de Mathilde de Flandres. Mais elle est en partie détruite par un nouvel incendie en 1160. La cathédrale est reconstruite en style gothique, c’est elle que l’on peut admirer aujourd’hui.

 

Une cathédrale « patchwork »

De l’époque romane, elle conserve une partie des tours de façade occidentale, la crypte bâtie entre 1050 et 1060 et les grandes arcades inférieures en plein cintre de la nef. Le gothique avec un « accent normand » se manifeste par des arcs brisés très aigus et de multiples colonnettes. Une façade gothique a été plaquée sur la façade d'entrée. Au XIXe siècle, après consolidation, la tour centrale est coiffée d'un dôme en cuivre.

 

C’est sans doute à Bayeux que s’est établi au milieu du XIe siècle le schéma de la façade harmonique : un porche central flanqué de tours de façade destinées à abriter des cloches. Ce modèle s’est répandu dans l’ensemble de l’Europe.

 

Des vitraux offerts par la reine d’Angleterre

Situés derrière le chœur, des vitraux représentent les blasons des bataillons anglais débarqués en Normandie en juin 1944. Ils ont été offerts par la reine Élisabeth II qui les a inaugurés le 6 juin 1989. Ils témoignent des liens anciens entre la Normandie et la couronne d’Angleterre.

 

La cathédrale possède également quelques beaux vitraux créés au XIXe siècle sur les transepts nord et sud et dans les chapelles latérales. Les vitraux des chapelles latérales racontent la vie de saints comme celle de saint Exupère, premier évêque de Bayeux.

 

Au XXe siècle, les huit grandes baies du transept ont reçu des vitraux qui ont la particularité de changer de couleur en fonction de la lumière.

 

Une crypte chargée d’histoire

Dernier vestige de l’époque de Guillaume le Conquérant, la crypte est un bijou d’art roman muré lors de la construction du chœur gothique et redécouvert au début du XVe siècle. C’est en ces lieux qu’Harold Godwinson aurait prêté serment, s’engageant à laisser Guillaume monter sur le trône d’Angleterre à la mort du roi. Promesse non tenue qui conduisit Guillaume de Normandie à envahir l’Angleterre et à accéder au trône après avoir remporté la bataille de Hastings.

La tapisserie de Bayeux

La tapisserie de Bayeux, longue de 70 mètres, raconte la conquête de l’Angleterre par Guillaume le Conquérant, duc de Normandie. Elle a été offerte à la cathédrale de Bayeux par Odon de Conteville, demi-frère de Guillaume le Conquérant, qui participa à la conquête de l'Angleterre. La tapisserie légitime la conquête de l’Angleterre aux yeux du peuple et lui confère un caractère sacré.
Jusqu’à la Révolution française, elle était abritée dans un coffre dans la salle aux trésors de la cathédrale, d’où elle était sortie pour être exposée dans la nef tous les mois de juillet. Aujourd’hui, elle est présentée dans un musée de la ville.

Écouter  :

« Gaude Maria Virgo », extrait de O felices lacrimae, par l'ensemble De Caelis, Studio SM .

Geneviève Pasquier

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3 août 2020 1 03 /08 /août /2020 06:51
L’ÉTÉ DES CATHÉDRALES, n°4 : NOTRE-DAME DE LAON
L’ÉTÉ DES CATHÉDRALES, n°4 : NOTRE-DAME DE LAON

 

La ville de Laon, située sur une colline, domine les plateaux alentours. À son sommet, se dresse une cathédrale gothique depuis 1160. Notre-Dame de Laon est l’une des premières cathédrales gothiques après Saint-Denis, Sens, Noyon, Senlis. Elle est contemporaine de Notre-Dame de Paris.

L’ÉTÉ DES CATHÉDRALES, n°4 : NOTRE-DAME DE LAON

Dans une lettre à sa femme datée du 1er août 1835, Victor Hugo évoque la grande église : « J’ai quitté Laon ce matin, vieille ville avec une cathédrale qui est une autre ville dedans, une immense cathédrale qui devait porter six tours et qui n’en a que quatre; quatre tours presque byzantines, à jour comme les flèches du XVIe siècle. Tout est beau à Laon, les églises, les maisons, les environs, tout… ».

 

Une histoire lointaine

Saint Béat se serait installé au IIIe siècle à l'est de Laon dans une grotte pour y vivre en ermite. À partir du VIe siècle, Laon est dotée de plusieurs lieux de culte. C’est une ville extrêmement importante de l’empire carolingien. La cathédrale carolingienne domine alors un groupe épiscopal composé au sud de l’église Saint-Remi (détruite en 1841) et au nord de l'église Saint-Martin-au-Parvis. À cette époque, la ville devient un évêché suite à l'intervention de saint Remi, originaire de Laon. La première cathédrale date du IXe siècle et elle est romane.

 

La nouvelle cathédrale est commandée par l’évêque Gaulthier de Mortagne. Avec ses trois grands portails sculptés, ses fenêtres à voussures et ses écoinçons décorés de personnages, l’édifice fait partie des plus belles cathédrales gothiques de France. La nef est achevée à la fin du XIIe siècle, les tours des transepts en 1225. La façade est terminée en 1245. Des arcs-boutants sont ajoutés à la nef et on envisage la reconstruction du chœur, afin de réaliser le plus long chœur médiéval (10 travées). Au XIVe siècle, des chapelles latérales sont construites entre les contreforts du chœur. À la même époque, la façade du croisillon sud est refaite en style gothique rayonnant. Aucune grosse modification n'est réalisée par la suite.

 

En 1790, l'évêché de Laon est supprimé et Laon est rattaché à celui de Soissons. La cathédrale est, depuis cette date, une église paroissiale.

 

L’école de Laon

On ne peut pas parler de la cathédrale de Laon sans évoquer « l’école de Laon ». Elle devait s'y trouver depuis Remi de Reims qui y a étudié en l'école rhétorique de l'église Notre-Dame-de-Laon. Dès le VIIIe siècle, un important scriptorium existait au sein du monastère de femmes de Sainte-Marie et Saint-Jean, puis au IXe siècle un palais de Charles le Chauve servit de cadre aux enseignements des maîtres irlandais, rémois entre autres, dans le cadre de la renaissance carolingienne. La période la plus connue de l'école est celle du temps des maîtres Anselme et son frère Raoul de Laon. À la fin du XIe et début du XIIe siècle, ils étaient d'une telle renommée qu'ils attiraient des élèves de tout l'Occident.

 

La rosace des Arts libéraux

Les compagnons du Moyen Âge se déplaçaient de chantier en chantier. Au fur et à mesure de leurs déplacements, ils amélioraient leurs techniques et préparaient leur chantier suivant. C’est ainsi qu’une des rosaces de la cathédrale de Laon a été dessinée sur le mur d’une chapelle de la cathédrale de Soissons, la rosace des Arts libéraux. C'est une des premières roses du gothique, dessinée par des ouvertures dans le mur.

Huit vitraux représentent les arts libéraux – rhétorique, grammaire, dialectique, astronomie, arithmétique, géométrie, musique et médecine -, enseignés au Moyen Âge à l'école épiscopale de Laon. Ils entourent le motif central symbolisant la sagesse issue de cet enseignement.

Des bœufs perchés dans les tours

Perchés à 56 mètres de hauteur, seize bœufs ornent les deux grandes tours de façade de la cathédrale. La légende raconte qu’un attelage qui transportait les pierres nécessaires à la construction de la cathédrale s’écroula de fatigue. Un bœuf blanc descendit miraculeusement du ciel pour terminer le travail. En réalité, ces bœufs auraient été réalisés pour rendre hommage aux bêtes qui ont amené les matériaux jusqu’au chantier. Aujourd’hui, ces bœufs continuent de piquer la curiosité des visiteurs.

 

Écouter  :

« Salve Regina », extrait de Marie, porte du ciel, Bayard-Musique.  

Geneviève Pasquier

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30 juillet 2020 4 30 /07 /juillet /2020 20:51
L’ÉTÉ DES CATHÉDRALES, n°3 : NOTRE-DAME DE SENLIS
L’ÉTÉ DES CATHÉDRALES, n°3 : NOTRE-DAME DE SENLIS

 

Consacrée le 16 juin 1191 et célèbre pour sa flèche et son portail de la Vierge, sur lequel figure la première représentation du Triomphe de la Vierge, la cathédrale Notre-Dame (XIIe-XVIe siècles) est marquée par quatre siècles d’évolution de l’art gothique, du primitif au rayonnant. Elle compte parmi les plus belles cathédrales de France.

 

L’ÉTÉ DES CATHÉDRALES, n°3 : NOTRE-DAME DE SENLIS

La cathédrale se dresse près des ruines du château royal d’Hugues Capet où il a été élu roi en 987 et où ont séjourné les rois de France jusqu’à Henri IV. C’est une des plus petites cathédrales de France avec ses 70 m de long et ses 19 m de large.

 

La cathédrale appartient au premier art gothique mais, du fait des destructions et reconstructions, elle comporte aussi des éléments plus récents, notamment son transept de style renaissance. Son plan est en croix latine avec une nef très courte de cinq travées et des collatéraux asymétriques. Les voûtes sont irrégulières et assez basses pour être dépourvues d’arcs-boutants. La cathédrale Notre-Dame possède une abside et cinq chapelles axiales.

 

Les étapes de la construction

La construction de Notre-Dame de Senlis remonte à 1153 et elle est consacrée trente-sept ans plus tard en 1191 par Guillaume aux Blanches Mains, archevêque de Reims. Entre ces deux dates, le chœur est achevé en 1167, suivi des deux premiers niveaux de la façade occidentale trois ans plus tard. La nef est raccordée au chœur en 1175, puis voûtée en 1180. Entre 1230 et 1240, le transept et ses collatéraux sont ajoutés. L’innovation de la cathédrale de Senlis vient de sa flèche qui culmine à 78 mètres de hauteur et fait partie des plus élevées du pays.

 

En juin 1504, la cathédrale est frappée par la foudre. Toute la charpente est détruite, il faut reconstruire la nef au deux tiers et reprendre presque entièrement les transepts. Seule une travée de la nef subsiste de nos jours dans son état d’origine, En 1530, la reconstruction élève la nef de 5,50 mètres supplémentaires. Les murs sont percés de deux grandes roses flamboyantes, les baies sont reprises, ainsi que les toitures et les balustrades tandis qu’on dote les voûtes de clés pendantes. Ces travaux se terminent vers 1560.

 

En 1793, comme beaucoup d’autres bâtiments religieux, la cathédrale de Senlis est victime de destructions en particulier celle du portail central. Le portail est restauré entre 1845 et 1846. La flèche est restaurée à trois reprises en 1834-1835, en 1932-1934 et en 1989-1993.

 

Le Triomphe de la Vierge : premier portail gothique en France dédié à la Vierge

Chef-d’œuvre de la sculpture gothique du XIIe siècle, c’est la première la fois que le Triomphe de la Vierge est représenté en France. Cette sculpture du tympan du portail occidental a été réalisée vers 1185. En haut du tympan, la Vierge Marie est représentée à l’égal du Christ. Plus bas, la mort de la Vierge fait face à sa résurrection. Des anges viennent chercher son corps pour le porter au ciel. Ces scènes sont complétées par huit statues situées dans les embrassements, quatre placées à droite - David, Isaïe, Jérémie, Siméon - et quatre à gauche - Jean le Baptiste, Samuel, Moïse, Abraham. Abraham est représenté prêt à sacrifier Isaac, Samuel immole un agneau et Moïse tient le serpent d’airain ; ces trois personnages annoncent le sacrifice de la croix. Deux personnages font le lien entre l’Ancien et le Nouveau Testament, Jean-Baptiste et Siméon.
Le thème du Couronnement de la Vierge deviendra l’une des plus belles parures des façades des grandes cathédrales gothiques (Laon, Chartres, Paris, Bourges, Reims…)

La flèche

La flèche de la cathédrale est construite vers 1230 sur la tour sud datant du siècle précédent. Elle se compose d’un octogone de 15 mètres de haut, surmonté d’une pyramide de 26 mètres.

 

Admirée pour son architecture imposante et richement ornée, la tour sud de la cathédrale de Senlis constitue l’une des rares flèches monumentales du XIIIe siècle parvenue jusqu’à nous. L'ensemble se présente comme une grande flèche avec quatre petites flèches accolées dans les angles, et chacun de ces petits clochers des angles a lui aussi la forme d'une flèche principale avec quatre flèches encore plus petites accolées dans les angles.

 

Visible de loin grâce à sa flèche, la cathédrale de Senlis a inspiré des écrivains et particulièrement Gérard de Nerval qui la décrit ainsi dans Sylvie en 1853 : « Un rayon de soleil est venu découper nettement la merveilleuse architecture de la cathédrale. » Amoureux de la région, Gérard de Nerval écrit dans la Bohême galante en 1855 : « Je quitte à regret Senlis (...). Je me plaisais tant dans cette ville, où la Renaissance, le Moyen Âge et l'époque romaine se retrouvent çà et là, au détour d'une rue, dans une écurie, dans une cave. »

 

Écouter  :

« Vierge Marie, douce et piteuse », extrait de Rosarius, chanson religieuses en langue d'Oïl (XIIIe-XIVe), par l'ensemble Diabolus in Musica, Studio SM.

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30 juillet 2020 4 30 /07 /juillet /2020 12:13
L’ÉTÉ DES CATHÉDRALES, n°2 : NOTRE-DAME DE ROUEN
L’ÉTÉ DES CATHÉDRALES, n°2 : NOTRE-DAME DE ROUEN

 

Les travaux de la cathédrale gothique Notre-Dame de l’Assomption de Rouen ont débuté en 1145. Aujourd’hui, c’est la seule cathédrale de France à bénéficier d’un palais archi-épiscopal attenant encore occupé par un archevêque.

L’ÉTÉ DES CATHÉDRALES, n°2 : NOTRE-DAME DE ROUEN

Située au cœur de la ville historique, la cathédrale est construite au XIIe siècle sur les fondations d'une basilique du IVe siècle et d'un ensemble roman du XIe. Détruite lors des invasions vikings en 841, puis, partiellement, en 1944, par les bombardements alliés, la cathédrale a également souffert de la tempête de décembre 1999. L'un des clochetons est tombé, perçant la toiture au niveau du chœur. Le toit a rapidement été réparé, mais le clocheton n’a pas été reconstruit.

 

Une construction longue

La première cathédrale est édifiée à l'époque carolingienne. Elle subsiste jusqu'en 1020. À cette date, l'archevêque Robert, fils d’un des ducs de Normandie, décide de bâtir une cathédrale romane. Sa construction s'achève en 1063. Moins d'un siècle plus tard, elle est transformée en édifice gothique. L'actuelle tour gothique Saint-Romain est bâtie en 1145. La nef romane est abattue en 1185 et les premières travées gothiques s'élèvent. En 1200, un incendie détruit le quartier et une bonne partie de l'édifice roman, ce qui accélère la transformation de la cathédrale. En 1204, la nef est achevée et Philippe Auguste vient y sceller le rattachement de la Normandie au Royaume de France. En 1488, on ajoute la tour de Beurre, à droite de la façade. Pour assurer une partie de son financement, les Rouennais auraient été autorisés à consommer du beurre pendant le carême en échange d'une contribution. Mais il se peut aussi que son nom provienne de la couleur de sa pierre. Alors que la cathédrale est bâtie avec une pierre locale de couleur blanche, la tour est construite avec une pierre plus jaune provenant des carrières de la vallée de l'Oise.

 

La façade occidentale est remaniée au début du XVIe siècle. En 1544, une nouvelle flèche vient remplacer celle qui a brûlé en 1514. La flèche actuelle, haute de 151 m, et ses quatre clochetons de cuivre datent de 1826.

 

La cathédrale abrite dans le déambulatoire les sépultures d’anciens ducs de Normandie, comme celle de Rollon, le fondateur du duché et celle de Richard Cœur de Lion, qui a fait déposer son cœur dans la crypte après sa mort.

Les cloches à l'origine d'expressions de la langue française

Les cloches de la cathédrale de Rouen seraient à l’origine d’un mot et d’une expression de la langue française.

 

Le nom de « clochard » viendrait des hommes que l’on recrutait dans la rue où ils vivaient pour sonner les cloches. Au fil des siècles, le « clochard » a défini les hommes qui vivent dans la rue.
« Boire à tire-larigot » : les cloches des cathédrales sont baptisées et portent toutes un nom. Une des cloches de Rouen portait le nom d’un de ses archevêques : Rigaud. Cette cloche était si lourde qu’il fallait plusieurs hommes pour la faire sonner. Pour leur donner du courage, on leur donnait à boire pour tirer la « Rigaud » !

 

Une cathédrale immortalisée par Claude Monet

Entre les années 1892 et 1893, Claude Monet peint une série de toiles représentant la cathédrale. Les premiers tableaux sont peints en février 1892 et la représentent vue de la cour d’Albane, située sur son flanc nord. Ces toiles sont les seules réalisées en plein air. Les autres sont peintes à partir du premier étage d’une maison située en face de la cathédrale. Claude Monet à Rouen peint jusqu’à 14 versions à la fois, en passant d’un tableau à l’autre selon les variations de la lumière en fonction des horaires de la journée.

Musique  : Ave Verum de Simone Plé, interprété par le Madrigal de Paris, extrait de Tu es Petrus, Studio SM. 

 

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29 juillet 2020 3 29 /07 /juillet /2020 20:57
L’ÉTÉ DES CATHÉDRALES, n°1 : SAINT DENIS EN FRANCE
L’ÉTÉ DES CATHÉDRALES, n°1 : SAINT DENIS EN FRANCE

 

Saint-Denis, c’est l’abbaye des rois, qui y sont inhumés dès les Mérovingiens. En 1135, le visionnaire abbé Suger, qui rêve d’architecture et de lumière, commence à ériger la toute première cathédrale gothique. Les voûtes s’élèvent, les murs s’ouvrent, rien n’est trop beau pour Dieu.

L’ÉTÉ DES CATHÉDRALES, n°1 : SAINT DENIS EN FRANCE

On raconte que c’est à la demande de sainte Geneviève que fut érigée au Ve siècle une première église sur le mémorial plus ancien de la tombe de saint Denis, premier évêque de Paris, martyr victime des persécutions romaines vers 250. Après avoir été décapité sur le mont des Martyrs (Montmartre), Denis, selon la légende, aurait pris sa tête sous son bras et, guidé par un ange, aurait parcouru une dizaine de kilomètres vers le nord jusqu’au Vicus Catulliacus où il aurait été enterré.

 

On édifie très tôt un sanctuaire sur la tombe du saint. Les fouilles archéologiques ont retrouvé au XXe siècle quantité de sarcophages mérovingiens sur le site, certains remontant au IVe siècle. Dagobert Ier y est inhumé avec d’autres rois mérovingiens.

 

Un très grand pouvoir politique

Avec les rois carolingiens, capétiens, puis les Valois et les Bourbon, la tradition se perpétue et se consolide. Car être enterré à Saint-Denis, c’est légitimer son pouvoir en s’inscrivant pour l’éternité dans la ligné royale. Dès l’âge de 27 ans, Charles V le Sage, au XIVe siècle, passe commande de son gisant. À quelques exceptions près, tous les rois de France seront inhumés dans l’église du Ve siècle, puis dans l’abbatiale carolingienne, et enfin dans la première église gothique de l’histoire, élevée par l’abbé Suger et ses successeurs. Une tradition qui confère à l’abbaye, fondée au VIIe siècle sous le règne de Dagobert Ier, un grand pouvoir politique.

 

Car l’abbaye devient très vite une des plus riches et des plus puissantes d’Europe. Au début du second millénaire, c’est là que sont éduqués les futurs rois capétiens. Les abbés comptent parmi les principaux conseillers des rois, ils en sont aussi les ambassadeurs. Certains seront même régents du royaume. Quant au trésor de l’abbaye, il est d’une richesse incalculable.

 

L’abbé Suger (1080-1151) : rien n’est trop cher pour la gloire de Dieu

Issu d’une famille pauvre, Suger, dont l’histoire a oublié le prénom, perd sa mère à l’âge de 10 ans. Son père, qui n’a pas les moyens de nourrir ses trois fils, le fait entrer comme oblat à l’abbaye de Saint-Denis. À l’époque, c’est l’abbé Adam qui en est le directeur. Administrateur de ses biens, principal conseiller du roi Philippe Ier, il veille aussi à l’éducation des jeunes moines et repère vite Suger, dont l’intelligence est exceptionnelle. Pendant ces années d’études, Suger se lie d’amitié avec le jeune Louis, fils du roi, dont l’éducation a été confiée aux moines.

 

L’abbé Adam, impressionné par les talents de persuasion et de négociation de Suger, et voyant en lui son successeur, lui confie des missions diplomatiques de plus en plus importantes, en France et ailleurs en Europe, auprès des têtes couronnées. En 1122, quand l’abbé Adam décède, c’est tout naturellement Suger qui est élu à la tête de l’abbaye. Et devient à son tour le principal conseiller du roi Louis VI le Gros, son ami d’enfance.

 

Passionné par l’architecture, il rêve depuis longtemps de rénover l’abbatiale. Il la voudrait beaucoup plus haute, et surtout beaucoup plus lumineuse. Car la lumière est son obsession. Elle est selon lui le premier vecteur du message divin. Cependant, les techniques de l’époque sont encore incapables d’élever et d’ouvrir les murs sans que l’édifice ne s’écroule. C’est au cours d’un voyage diplomatique en Italie que Suger découvre une nouvelle technique, utilisée depuis peu pour bâtir les palais vénitiens : la croisée d’ogives. Avec ses maîtres d’œuvre, le voilà prêt à se lancer.

 

En 1135 commence la rénovation de l’abbatiale par la façade, qui comportera la toute première rosace de verre. En 1140, il démarre le chantier du chœur. Le chevet sera surélevé, pour accueillir et présenter à la vue de tous les reliques de saint Denis. Suger tient particulièrement à la qualité des vitraux. Il fait produire des verres aux couleurs très coûteuses, d’un bleu notamment qui portera son nom, mais que l’on appelle aujourd’hui le bleu de Chartres, dont la future Notre-Dame de Chartres usera sans compter. L’ensemble sera somptueux, et les vitraux seront entre trois et quatre fois plus onéreux que l’ouvrage de pierre. Rien n’est trop cher pour Dieu.

 

Mais même si le trésor de l’abbaye est immense, il n’est pas inépuisable. Certains voient dans ces dépenses somptuaires la marque de l’orgueil de Suger. Son détracteur le plus virulent est Bernard de Clairvaux, un abbé puissant lui aussi, qui est de surcroît un proche du pape. Pour ces deux-là, les plus grandes valeurs de la vie monastique sont la simplicité et l’austérité, y compris dans l’architecture. Bernard dénonce publiquement les projets coûteux et fastueux de Suger, voyant dans Saint-Denis « la synagogue du diable ». Pour désamorcer ses attaques, Suger impose aux moines de Saint-Denis la même austérité que les cisterciens. Le stratagème fonctionne, et l’abbé peut poursuivre son œuvre.

 

À sa mort, les travaux s’arrêtent. Ils seront repris 80 ans plus tard de la manière qu’il avait prévue, dictés par la nécessité d’agrandir la nécropole royale. Ils dureront cinquante ans pour élever la nef à 30 m de haut et parachever le rêve de ce visionnaire audacieux et infatigable que fut l’abbé Suger.

 

Vidéo  : la cathédrale en images

Musique  : « In splendoribus sanctorum », extrait de Méditations médiévales par l'ensemble Obsidienne (Bayard Musique)

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